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Bienvenue sur ce blog !
 
Vous allez pouvoir plonger dans le monde des Lettres. Comme il n'est pas de littérature, quels que soient le pays et l'époque, hors du temps, vous pourrez aussi trouver des points de repères dans différents domaines : histoire, peinture, sculpture, musique, architecture, et tant d'autres encore…
 
Une place accordée aux nouveautés de tous pays ne fera pas oublier les textes plus anciens, voire très anciens. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir non seulement les textes de l'Antiquité mais aussi ceux du Moyen Age. Les époques suivantes ne sont pas laissées de côté. Au milieu des textes devenus des classiques –comme le veut la formule- vous ferez peut-être d'heureuses découvertes… Vous voyagerez, je l'espère, ici et là dans des univers auxquels vous n'aviez pas encore songé…
 
Vous trouverez aussi des informations sur la langue française. Il ne s'agit pas d'un travail universitaire, mais simplement d'éléments qui permettent de rendre compte des différents états d'une langue.
 
Si vous avez envie de poursuivre, alors venez papillonner et j'espère que vous trouverez votre bonheur et que l'envie de lire sera au rendez-vous !
 
Je vous invite à partager tout cela !

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 10:35

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III) L'Humanisme en France

 

1) les conséquences des guerres d'Italie

 

S'il est vrai que l'Humanisme est arrivé en France dès le XIVe siècle avec Giovanni Boccaccio (Boccace) et Francesco Petrarca (Pétrarque) qui séjournèrent à Avignon, ce fut surtout les guerres d'Italie qui facilitèrent l'arrivée de l'humanisme en France.

 

Parmi ceux qui favorisèrent l'humanisme figure le roi François Ier. Il est vrai que ce dernier était influencé par son père, Louis XII, qui avait guerroyé et séjourné plusieurs fois en Italie.

 

Les seigneurs français, qui avaient fait la guerre et découvert une certaine douceur de vie, tentèrent de reconstituer autour d'eux un cadre à la fois luxueux et raffiné.

 

 

2) les érudits

 

Afin de donner à lire les textes antiques dans leur version originelle, il fallait apprendre le grec que peu de personnes savait au Moyen Âge. Il était aussi nécessaire que l'étude du latin fût renouvelée. Le but était de faire paraître les textes de l'Antiquité aussi sûrs que possibles.

C'est pourquoi, les premiers humanistes furent d'abord des linguistes, des philologues dont les plus connus sont Guillaume Fichet, Lefèvre d'Étaples et Guillaume Budé. Parmi les érudits figuraient des gens de robes ou des moines comme François Rabelais.

 

D'ailleurs en 1522, François Ier confia à Guillaume Budé la charge de maître de la librairie royale à Fontainebleau. Guillaume Budé devait rassembler un grand nombre de manuscrits de langue grecque.

 

Afin aussi de rendre la Bible accessible aux fidèles, Lefèvre d'Étaples réalisa, en 1530, une traduction qui fut condamnée par la Sorbonne.

 

L'étude du latin, du grec et de l'hébreu devint incontournable.

 

3) la littérature

 

a) la poésie

 

Si la poésie du XVIe siècle utilisa certaines formes héritées du Moyen Âge, elle en mit d'autres à la mode : le sonnet. Ce mot vient de l'italien sonnare qui signifie "sonner" mais au sens musical. Le sonnet n'est pas une forme héritée de l'Antiquité, il naquit en Italie vers le XIIe siècle dans les jeux de cours ou dans les cénacles poétiques. Clément Marot et Mellin de Saint Gelais semblent avoir été les premiers à l'avoir introduit en France. À partir de 1530, le sonnet devient de plus en plus fréquent dans la poésie française.

 

Deux thèmes, influencés par les écrits de Marsile Ficin sur l'esthétique platonicienne, reviennent constamment. Notamment l'Idéal, qui est incarnée par la femme, se prénomme l'Idée. D'ailleurs, Maurice Scève (école de Lyon) usa de l'anagramme pour chanter les vertus de celle à laquelle il aspirait : Délie.

 

Le sonnet est une forme fixe : deux quatrains suivis de deux tercets écrits en décasyllabes ou en alexandrins. Les rimes peuvent être embrassées ou croisées.

 

D'anciens genres, issus de l'Antiquité, sont toujours employés. L'ode, dont Horace, Anacréon ou Pindare furent les maîtres, redevient une forme poétique majeure. Les sujets évoqués dans les odes sont variés. En plus, l'ode offre la possibilité d'un développement plus long que le sonnet.

 

Le poète parle de l'amour, de la nature ou des affaires du temps. Pierre de Ronsard imita surtout Pindare, poète grec du Ve siècle avant notre ère. Si l'un chantait les nobles athlètes qui participaient aux jeux olympiques, l'autre chanta les rois glorieux.

 

L'ode possède une structure en triade. Il s'agit d'un mouvement ternaire qui part d'une strophe (groupement des vers) à laquelle répond une antistrophe. Le tout se conclut par une épode.

 

Demeure tout de même le problème de la mimésis (du grec μιμέομαι qui signifie "imiter"). En effet, à trop imiter, le poète prend le risque de perdre ce qui fait son originalité. D'ailleurs, il fut reproché à Pierre de Ronsard d'avoir composé des odes trop compassées. Pierre de Ronsard conserva toutefois cette forme poétique qu'il adapta. Dans ses odes, le poète évoqua la nature et la femme aimée.

 

Pierre de Ronsard composa aussi des hymnes. Cette forme poétique donne à lire la culture d'un lettré qui fait référence aussi bien à sa foi catholique qu'à la mythologie antique.

 

Cependant la poésie ne se contente pas du seul divertissement de cour. En effet, des guerres de religion naît une poésie abondante et souvent partisane. Certes il n'est pas question de littérature engagée, les poètes humanistes, qu'ils soient catholiques ou protestants, n'avaient encore qu'un nombre limité de lecteurs, les moyens de diffusions étant différents.

 

Pierre de Ronsard écrivit les Discours sur les misères de son temps. Le poète explique quelles sont, selon lui, les conséquences de la montée du protestantisme. En fait, ce recueil lui permet avant tout de ne pas être soupçonné d'avoir été séduit par les idées de la Réforme. Il devient alors une espèce de porte-parole, poétique, de la foi catholique.

 

Il existe aussi un discours polémique mis en scène au moyen de l'épopée. Agrippa d'Aubigné composa Les Tragiques dans lesquelles il évoque l'horreur des guerres de religion mais du point vue huguenot. Ce protestant, grâce à des allusions bibliques, offre une œuvre au service de sa foi.

 

La poésie du XVIe siècle fut à la fois divertissement dans lequel il est question soit de la femme, soit de la nature, entre autres, et critiques. Il est alors questions des problèmes de l'époque, notamment les guerres.

 

 

b) la nouvelle

 

Le mot nouvelle vient de l'italien novella. Cependant au XVIe siècle, ce mot n'a pas le sens que nous lui attribuons actuellement. Nouvelle désigne, alors, un court récit avec quelques personnages de différents milieux sociaux.

 

En Italie, ce genre connaît un certain succès. En France, ce type de récit était déjà en germe, ne serait-ce que dans les lais de Marie de France. Le conte et la nouvelle répondaient alors pratiquement à la même définition.

 

La nouvelle, au XVIe siècle, offre des récits divers rapportant des expériences différentes et des faits sociaux dont la portée n'est pas à négliger. Parodie, satire, didactisme moral ou religieux sont présents dans les nouvelles du XVIe siècle. Petit à petit, le réalisme devenant de plus en plus présent dans la nouvelle, cette dernière finit par se différencier du conte qui reste alors dans le domaine de l'imaginaire.

 

Dans la nouvelle, citations et références sont nombreuses. Les auteurs y ont souvent recourt. L'écrivain le plus cité est  Boccaccio. Le Décaméron, dont il est l'auteur, est traduit en français en 1414 et paraît en 1485. Il marqua profondément les auteurs de la Renaissance qui l'imitèrent aussi bien sur le plan formel que sur le plan thématique. D'ailleurs, Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, s'inspira largement de la trame narrative de l'auteur italien pour rédiger l'Héptaméron.

 

Cinq femmes et cinq hommes font un séjour forcé dans une abbaye des Pyrénées lors des pluies diluviennes. Afin d'occuper le temps, chaque jour et chacun leur tour, ils racontent une histoire.

 

La nouvelle devient au XVIe siècle un instrument de plaisir social et fait entrer la nouvelle société humaniste dans le cadre de la fiction.

 

c) le théâtre

 

Au XVIe siècle, théâtre médiéval et humaniste coexiste. Il n'y a donc pas de rupture entre les deux mais plutôt des transformations aussi bien techniques que littéraires nourries par les changements de la société de la Renaissance. Les genres évoluent en fonction de leur réception auprès du public ce qui implique que les auteurs doivent tenir compte de leurs attentes. Cependant, il existe une séparation entre le théâtre d'église –souvent populaire- et le théâtre de la Renaissance, ce dernier ayant plutôt un public instruit.

 

L'héritage médiéval cohabite avec les premiers essais de la tragédie qui peut être biblique ou humaniste. Dès lors il n'existe plus un seul public, -qui avait assisté jusqu'à présent à une représentation collective- mais des publics qui appartiennent à diverses classes sociales.

 

Le recours aux sources antiques est constant. Bible et auteurs du théâtre grec et latin sont connus des humanistes. En 1520, Théodore de Bèze écrit L'Abraham sacrifiant, dont le sujet est biblique. Il s'agit d'une tragédie religieuse.

 

Toutefois, peu à peu se met en place une scène tragique et dramatique française. En 1522, Étienne Jodelle rédige la première tragédie française : Cléopâtre captive.

 

 

d) le roman

 

Il existe une continuité romanesque entre le Moyen Âge et la Renaissance. La symbolique continue d'y occuper une place importante. Les personnages doivent faire face à des situations fantastiques, voire irréelles. Dans le roman d'Antoine de La Sale, Le Paradis de la reine Sibylle, le lecteur découvre le voyage assez étrange que fit le narrateur au Paradis de la Reine Sybille.

 

Peu à peu le roman, quelque peu sclérosé en ce début de XVIe siècle, évolue. Le roman symbolique surgit. L'auteur met alors en scène un personnage qui voyage dans des lieux inconnus et qui rencontrent des gens ayant un mode de vie différent du sien.

L'auteur, en amenant son héros dans des mondes utopiques, essaie de pousser le lecteur vers les déchiffrements des symboles.

 

Les thèmes abordés dans ces romans sont divers : l'amour, la morale, la politique, la société… Le roman satirique, déjà présent dans l'œuvre de François Rabelais, est présent dans l'ouvrage collectif -dont les auteurs sont restés anonymes- dont le titre est La Satire de Ménippée. Ce roman met en scène les états généraux de 1593 qui avaient pour objet la désignation d'un nouveau roi de France. Les auteurs, dans ce récit, critiquent la logomachie (i.e. des mots sans grand intérêt). Les mots vides de sens, employés par des esprits secteurs, sont alors au service d'intérêts particuliers au détriment de la concorde général. Ce récit satirique est alors un pamphlet politique qui dénonce les dérives du moment.

 

 

 

 

Le mouvement humaniste s'intéressa aux civilisations antiques par l'intermédiaire des lectures des auteurs gréco-latins, fondateurs de la civilisation occidentale. Parce que l'humaniste souhaite faire connaître le fruit de ses lectures, l'éducation  devient alors l'un des enjeux majeurs de ce mouvement.

 

Mais l'humanisme c'est aussi une réflexion sur la conception de l'homme.

 

Il ne s'agit donc pas d'un mouvement uniforme. Il y eut des humanistes catholiques, protestants et laïques.

 

Après 1560 l'humanisme, qui pourtant inspira le mouvement des Lumières, ne put que céder la place au baroque naissant.

 

TROISIÈME ET DERNIÈRE PARTIE

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 10:08

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II) L'Humanisme : un mouvement intellectuel européen

 

1) le temps des grandes découvertes

 

De l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge, ce que pense l'homme est marqué par les croyances religieuses, qu'elles soient polythéistes ou monothéistes. Pourtant quelques individus avaient tenté de sortir de cette vision du monde, mais leurs voix portaient peu. Même le voyage de Marco Polo, qu'il effectua au XIIIe siècle, ne parvint pas à mettre fin aux superstitions qui existaient au sujet des contrées lointaines. Quelques légendes rapportaient pourtant l'existence d'autres terres.

 

Puis le mythe de l'Atlantide de Platon fut relu.

 

a) nouvelles terres

 

Si les Européens, grâce à différents récits, commençaient à avoir envie de voyager, ils se heurtaient encore à quelques difficultés. Les techniques maritimes, en effet, ne permettaient pas vraiment la navigation de haute mer. En plus le territoire de l'autre n'était encore que rumeur et rêve. Cependant, les nécessités économiques et politiques aidées par les derniers progrès techniques obligèrent les Européens à partir vers l'inconnu.

 

Alors qu'il cherchait une route plus rapide pour arriver aux Indes, Christophe Colomb, parti le 3 août 1492 d'Espagne, débarqua aux actuelles Bahamas le 12 octobre 1492. Il venait des découvrir les îles situées non loin du continent américain. Le but de ce premier voyage était alors d'atteindre au plus vite les marchandises précieuses habituellement transportées par voies terrestres. Cependant ce voyage avait aussi une autre finalité : l'or qui devait offrir richesse et pouvoir à qui les posséderait. D'autres voyages suivirent, car Christophe Colomb continua de chercher la route de Cipango, c'est –à-dire la route des Indes.

 

Vasco de Gama, parti du Portugal le 12 juillet 1497, contourna le continent africain en passant par le Cap de Bonne Espérance et toucha les côtes de l'Inde le 19 mai 1498. Il était le premier Européen à parvenir aux Indes par voie maritime.

 

Fernand de Magellan quitta Séville en octobre 1517. Il découvrit au Sud du continent américain, un détroit qui porte désormais son nom.

 

Tous ces voyages nourrissent réflexion et imaginations. Ces horizons nouveaux changent totalement la perception que l'homme avait de l'univers. L'espace est plus grand. Il faut le découvrir et le conquérir.

 

b) les découvertes scientifiques

 

Ambroise Paré (1509 ?-1590) mit au point la ligature des artères, remplaçant ainsi la technique de la cautérisation au fer rouge ou à l'huile bouillante qui coûtait souvent la vie aux blessés. Il est considéré comme le père de la chirurgie moderne. Alors qu'il était devenu chirurgien de la cour, Ambroise Paré sauva de nombreuses vies lors du siège de Metz en 1552.

 

Jean Fernel, médecin du roi Henri II, rédigea un traité dans lequel il classa méthodiquement et clairement ses connaissances médicales. Il inventa le terme physiologie.

 

Le Flamand André Vésale parvint à faire progresser la connaissance du corps humain avec l'ouvrage De corporis humani fabrica en 1543.

 

Nicolas Copernic parvint à démontrer que la Terre tourne autour du Soleil. Le système de Copernic ne s'imposera que doucement.

 

c) l'imprimerie

 

Johannes Gutenberg fit paraître le premier livre imprimé à Mayence en 1452. Il s'agit de la Bible de Gutenberg (B42).

À partir de la moitié du XVe  siècle, ce nouvel outil, qu'est l'imprimerie, modifia complètement les conditions de diffusion de la pensée. Non seulement les copies circulaient plus vite, mais aussi elles ne étaient plutôt réalisées dans les monastères.

 

À Venezia (Venise), Aldo Manuzio (Alde Manuce) s'installa comme imprimeur. Il publia de nombreux ouvrages à la typographie très soignée. Il inventa les caractères italiques et le format in-octavo.

 

En France, la première imprimerie vit le jour en 1470 dans le collège de la Sorbonne. Josse Bade s'installa à Paris en 1498 et fit paraître les principales œuvres de la littérature latine. Sébastien Gryphe s'établit à Lyon en 1524.

 

2) L'Italie : berceau de l'Humanisme

 

La Renaissance italienne précèda la Renaissance française d'un siècle. L'Italie du quattrocento (i.e. du XVe siècle) offrit alors un modèle intellectuel qui dépassa ses frontières. Tandis que le latin subit une certaine érosion, la langue vulgaire italienne connut un véritable essor. Giovanni Boccaccio, Dante Alighieri et Francesco Petrarca écrivirent en italien. Cependant même s'il écrivait en latin, Francesco Petrarca ne renonça pas à l'étude des langues anciennes. Il fallait bien traduire et diffuser la pensée des philosophes de l'Antiquité. Pourtant peu à peu le latin devint une langue savante.

 

Les arts, grâce aux princes italiens qui protégeaient les artistes, connurent un développement important. Le mécénat artistique, qui existait déjà durant l'Antiquité, permit aux plus puissants de laisser une emprunte de leur pouvoir.

 

Après la chute de Constantinople, les exilés lettrés se réfugièrent en Italie. Ils apportèrent avec eux la connaissance du grec perdue au Moyen Âge en Occident. Cette connaissance engendra un renouvellement du savoir.

 

Après l'Italie, l'Allemagne et les Pays-Bas découvrirent le mouvement humaniste qui rayonna ensuite dans toute l'Europe.

 

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 10:39

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LA RENAISSANCE

 

Le XVIe siècle commence en 1501 et s'achève en 1600. Ce découpage en périodes égales –les siècles- est certes pratique, mais ne peut, de fait, tenir compte des événements historiques, politiques et culturels que connaît chaque période. C'est pourquoi, lorsque nous évoquerons la France du XVIe siècle, nous retiendrons les dates de 1483 à 1598.

 

1483 correspond au début du règne de Charles VIII et 1598 à l'Édit de Nantes (qui met fin provisoirement aux guerres de Religion).

 

 

PRÉAMBULE

 

Les dernières années du Moyen Âge sont marquées par les ravages des grandes pestes (Peste noire qui se propage dès 1347 dans la ville de Marseille, puis dans la France et toute l'Europe ; ce troisième cycle de Peste durera en France jusqu'en 1720, date de la dernière épidémie) et la Guerre de Cent ans (1337-1453).

 

Campagnes et villes sortent affaiblies par ces épreuves.

 

Ce n'est qu'à partir de 1450 que le royaume de France connaît non seulement un redressement démographique mais aussi un nouvel essor économique. Il faut dire que le royaume de France est de nouveau unifié aussi bien sur le plan politique que territorial, et ce, surtout à partir du règne de Louis XI (1461-1483).

 

Commerces et banques prospèrent, rendant plus aisée toute ascension sociale. La France, mais aussi l'Europe retrouvent leur dynamisme.

 

En plus, la découverte de nouvelles terres –les Amériques notamment- favorise l'Europe qui s'enrichit alors.

 

Ce nouvel élan économique offre les conditions d'une mutation intellectuelle. Mais d'autres événements ont accentués cette réalité. Au XIVe siècle, après la prise de Constantinople (Istanbul en Turquie) par les Turcs en 1453, les Grecs de Constantinople s'exilent en Italie, apportant avec eux de nombreux manuscrits antiques et surtout une tradition d'études des auteurs anciens. L'Occident redécouvre cette richesse ancienne.

 

De nouvelles universités apparaissent. Le sentiment d'un véritable renouveau de la civilisation est bien présent : c'est la Renaissance !

 

Cependant entre ces deux périodes historiques à savoir le Moyen Âge et la Renaissance, il n'y a pas de rupture violente. Le Moyen Âge, qui connaît des renaissances successives comme la Renaissance carolingienne, prépare la Renaissance. Le XVe siècle peut être considéré comme une époque de transition. La façon de penser, les goûts et les tendances du Moyen Âge ne sont pas absentes des écrits de Clément Marot et François Rabelais.

 

 

HUMANISME

 

Nota bene : si le mot humaniste, qui est un terme d'origine italienne médiévale, apparaît en France dans les années 1530, le mot humanisme naît seulement à la fin du XVIIIe siècle. C'est pourquoi, il faut avoir à l'esprit que les hommes du XVIe siècle n'avaient pas conscience qu'ils étaient en train de construire l'humanisme.

 

 

I) De la Renaissance aux guerres civiles

1) Vivre au XVIe siècle

 

Durant la première moitié du XVIe siècle, la population augmente. Dix-huit millions de personnes (dont deux en ville) environ vivent au royaume de France au milieu du XVIe siècle.

Entre 1470 et 1520, la France ne connaît pas de grande famine. La vie semble plus facile. Mieux nourrie, la population est parvenue à mieux résister aux maladies.

 

Les conditions économiques sont plus favorables, ce qui a quelques conséquences sur la formation des couples. On se marie plus jeune.

 

La mortalité, même si elle reste élevée –trente et un décès pour mille habitants par an- a reculé. De même que la mortalité en couches ou postnatale demeure importante, de même la mortalité infantile et juvénile est forte.

 

En plus, face à la maladie, la médecine est souvent impuissante. Si la lèpre a disparu après 1535, d'autres maladies apparaissent : le typhus et la syphilis notamment.

 

Il arrive parfois que les habitants migrent d'une région à une autre. Ces migrations ont plusieurs causes. Certains habitants choisissent de quitter une région où la terre est non seulement difficile à cultiver, mais aussi peu rentable.

Parfois après de mauvaises récoltes, les ruraux décident de quitter leur campagne pour la ville.

 

Plus rarement, des habitants quittent le royaume de France pour le nouveau Monde. Mais cette émigration demeure assez marginale.

 

Cependant l'augmentation de la population a quelques revers. L'absence de progrès technique ne permet pas d'augmenter dans le même temps la production agricole. Peu à peu, les possibilités alimentaires sont insuffisantes pour nourrir la population. Certaines régions, notamment maritimes, s'en sortent mieux.

Il faut, de nouveau, défricher des terres. Parfois ce fut ces mêmes terres qui avaient été abandonnées il y a quelques années car elles offraient un rendement trop faible. Ce défrichement diminue, de fait,  les espaces destinés à l'élevage.

 

Autres conséquences. Comme les héritiers sont devenus plus nombreux, le partage des terres donne lieu à des parcelles plus petites. Elles sont alors insuffisantes pour nourrir une famille.

 

L'augmentation de la population, qui survint dans la première moitié du XVIe siècle, entraîna des conséquences diverses.  Elle fut, jusqu'à la fin des années 1520, la réponse aux conditions économiques favorables qui venaient après les différentes catastrophes survenues entre 1350 et 1453.

Ensuite, même si la hausse démographique se poursuit, plus faiblement, jusqu'en 1580, surgit un autre problème. La rentabilité des terres agricoles, après avoir augmenté, stagne puis tend à reculer. L'équilibre est plus fragile et la moindre crise a des conséquences. Les guerres de Religion fragiliseront terriblement l'équilibre qui avait été retrouvé.

 

2) Le Réforme

 

La Réforme comme l'Humanisme ont une source commune : la volonté d'un retour aux textes et le désir d'une réflexion critique. Des auteurs comme Érasme ou Lefèvre d'Étaples étudient la Bible selon le même principe que les œuvres de l'Antiquité gréco-latine. Ainsi naît l'esprit de libre examen que n'aura de cesse de combattre la Sorbonne au nom de la méthode d'autorité.

 

La Réforme ne touche pas seulement la France.

 

En Allemagne, Martin Luther critique vivement le trafic des Indulgences et les quelques abus contre lesquels l'Église catholique ne fait rien. Il estime que le christianisme, afin de retrouver la ligne stricte de l'Église primitive, devrait être réformé. Pour ces simples propos, Martin Luther est condamné par Rome et mis au ban de l'Empire en 1521. Il est pourtant suivi par toute l'Allemagne du Nord, ce qui donne lieu à une scission.

 

En Angleterre, le roi Henri VIII se heurte jusqu'à la rupture à l'Église catholique.

 

En France, l'Évangélisme estime qu'un retour à l'Évangile est indispensable, car l'Écriture Sainte reste la seule source authentique des croyances chrétiennes. Or l'Écriture doit, selon l'orthodoxie catholique, être accompagnée des commentaires des Pères de l'Église.

 

D'ailleurs, la plupart des humanistes, qui ont adhéré aux idées du mouvement évangélique, sont alors en conflit avec la Sorbonne.

 

Afin que chacun puisse lire la Bible, Lefèvre d'Étaples la traduit en français en 1530, cette traduction est aussitôt condamnée par la Sorbonne. Cependant, comme François Ier protège les humanistes, le roi assure une liberté de croyance. L'affaire des Placards (i.e. des affiches contre la messe accrochées à Amboise sur la porte du roi) oblige François Ier à changer d'attitude. Des luthériens furent même brûlés.

 

En France, la Réforme s'inspire des idées de Jean Calvin. Mais celui-ci doit s'exiler à Genève qui devient alors le foyer du calvinisme. À partir de ce moment l'unité du christianisme est totalement rompue au royaume de France.

 

 

3) De Charles VIII à Henri IV

 

Le roi Charles VIII succède à son père Louis XI le 30 août 1483, il a alors treize ans. Il règne quinze ans et meurt accidentellement le 7 avril 1498 sans enfant. C'est son cousin, Louis, de la branche des Valois-Orléans, qui devient roi.

Louis XII fait annuler son premier mariage et épouse en seconde noce, la femme de Louis XI, Anne de Bretagne. Ce mariage lui permet de conserver le duché de Bretagne. Son règne s'achève le 1er janvier 1515.

La réputation de bons rois s'attache à leur personne. Louis XII est même proclamé "Père du peuple" par l'assemblée de notables de 1506. Durant leur règne, les différentes institutions ont plutôt bien rempli leur rôle.

 

François Ier, issu de la branche des Valois-Angoulême, succède à Louis XII. Avec lui, la France entre dans un nouveau style monarchique. Ce roi, ambitieux, remporte la victoire de Marignan en septembre 1515. Cela lui permet non seulement d'assouvir son désir de gloire mais aussi d'afficher sa volonté d'être le seul maître du pouvoir. D'ailleurs à partir de ce roi, il n'est pas de prestige monarchique sans quête de la gloire. Apparaît aussi le souci de défendre la place du royaume de France dans le nouvel équilibre européen.

 

Les guerres d'Italie, qui commencent en 1494, s'achèvent en 1559. François Ier et Henri II parviennent, grâce aux guerres d'Italie, à renforcer l'appareil d'État.

La fin du règne d'Henri II est marquée par le mouvement de la Réforme qui ouvre, entre autres, une crise de l'autorité royale. Des persécutions ont lieu. Or après avoir été blessé le 30 juin 1559, Henri II meurt le 10 juillet de la même année.

 

François II lui succède. Les persécutés espèrent que le nouveau roi les écoutera, mais son règne fort court –un peu plus d'un an- et la crise d'Amboise ne le permettent pas. S'ouvre inévitablement le temps des guerres civiles. Charles IX, qui n'a que dix ans à la mort de son frère, est couronné roi en mai 1561. Catherine de Médicis assure la régence jusqu'en 1564. Charles IX ne règne que dix ans et meurt en mai 1574.

 

Henri III succède à son frère. Le royaume est toujours déchiré par les guerres de religion. Cependant entre 1577 et 1584, le pays bénéficie d'une paix, certes fragile, mais qui permet au roi d'agir. Mais la mort de François d'Anjou, seul héritier Valois du trône en 1584, attise les convoitises… Henri III, qui fait assassiner le duc de Guise et son frère le cardinal, est assassiné à son tour.

 

Le royaume de France a connu de 1562 à 1593 huit guerres entrecoupées de courtes trêves. Batailles et massacres se suivent (la Saint-Barthélemy le 24 août 1572). Puis la raison l'emporte enfin.

 

Henri IV, après avoir conquis la capitale en 1593, promulgue l'Édit de Nantes en 1598.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 10:17

Les desseins de la Pléiade

La réhabilitation de la langue nationale

En 1549, Joachim Du Bellay rédige Défense et illustration de la langue française. Ce texte rend compte des positions communes des poètes.

Ces derniers désirent donner à la langue française ses lettres de noblesse. C’est pourquoi, ils veulent réhabiliter leur langue nationale qu’est le français. Ce mouvement avait déjà d’ailleurs commencé en Italie dès le XIVe siècle grâce à Dante, Boccace et Pétrarque. Ces auteurs avaient alors choisi d’écrire en italien qui finit par devenir une langue littéraire comme l’était à cette époque le latin. Peu à peu, d’autres pays d’Europe s’inspirèrent du modèle italien et firent de leur langue nationale, une langue littéraire.

Cependant, l’usage du français avait déjà progressé, seul la philosophie et les ouvrages savants continuent d’être rédigés en latin. En plus François Ier, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, avait déjà favorisé l’usage de cette langue. Composée de 192 articles dus au chancelier Guillaume Poyet, l’ordonnance de Villers-Cotterêts exige, entre autres, que le français soit employé à la place du latin dans les documents officiels.

En 1545, Jacques Peletier du Mans publie une traduction de l’Art poétique d’Horace. Dans cet ouvrage qu’il préface, Jacques Peletier du Mans défend déjà l’usage de la langue française. Il proposera même, cinq ans plus tard, une réforme de l’orthographe fondée sur la phonétique, mais celle-ci ne trouvera pas d’écho, pas plus d’ailleurs que celle proposée par Jean Antoine de Baïf.

En 1548, Thomas Sébillet, qui ne fait pas partie du groupe de la Pléiade, fait paraître l’Art poétique. Dans cet ouvrage, il expose déjà la plupart des idées que mettront en avant les poètes de la Pléiade, à savoir la conception platonicienne de la fureur poétique, l’incontestable importance du rôle du poète, la référence aux modèles antiques. Seulement, à la différence de la Pléiade, Thomas Sébillet ne refuse pas l’emploi des formes poétiques françaises en usage au Moyen Âge. Il prône à la fois l’usage des formes fixes médiévales comme la ballade, le rondeau et le virelai et l’usage des formes à la mode à l’époque comme l’épigramme, l’épître, l’élégie et le sonnet (importé récemment d’Italie).

 

Dans sa Défense et illustration de la langue française, Joachim Du Bellay, qui s’inspire du Dialogue des langues de Sperone Speroni paru en 1542, estime qu’il faut faire table rase du passé français et que tout est à réinventer dans le domaine de la langue.

Afin d’enrichir la langue française, Joachim Du Bellay propose plusieurs solutions :

L’usage de mots qui existent déjà, mais qui sont tombés en désuétude, comme ajourner (faire jour), asséner (frapper où l’on visait).

L’emprunt aux dialectes provinciaux comme le picard, le wallon, le gascon, le poitevin… Il est vrai que les différents dialectes dérivés du latin ont un lien de parenté avec le français.

L’usage des mots issus du langage des métiers et seulement utilisés par des spécialistes. Il s’agit de créer des comparaisons qui deviennent, de fait, des moyens d’expressions nouveaux.

La création de néologismes soit par composition, comme aigre-doux, soit par dérivation comme « sommeil » qui devient « sommeiller ».

L’emploi de termes issus du latin ou du grec comme enthousiasme, idole.

L’usage de tournure latines ou grecques, comme la substantivation de l’infinitif (le chanter, le vivre, le mourir), ou de l’adjectif substantivé (le vide de l’air), ou l’adjectif adverbial (ils combattent obstinés ; i.e. obstinément)…

 

Les poètes de la Pléiade, fervents admirateurs de la littérature greco-latine, imitent leurs modèles antiques. Estimant que la traduction des textes grecs ou latins ne sert qu’à faire connaître les idées sans rendre la beauté originelle, les auteurs de la Pléiade se tournent vers l’imitation. Les auteurs accomplissent ainsi ce qu’avaient fait les Romains de leur langue s’inspirant du modèle grec qu’ils copièrent.

Le poète, nourri des auteurs antiques, réussit à se les approprier pleinement à un tel point que son écriture en devient spontanée. Mais le plus important pour les poètes de la Pléiade n’est pas l’originalité telle que nous l’entendons aujourd’hui mais l’originalité de l’imitation et l’ingéniosité de la versification.

 

Le néoplatonisme

C’est vers 1430 qu’un Sicilien rapporte de Constantinople de nombreux manuscrits rédigés en langue grecque. Parmi eux se trouvent les œuvres complètes de Platon.

Lorsque les textes de Platon paraissent, le succès est au rendez-vous. L’engouement pour ce philosophe, que l’on redécouvre alors, est incontestable. D’ailleurs, à Firenze (Florence) en Italie, une Académie platonicienne voit le jour en 1462. En 1475, Marsilio Ficino (Marsile Ficin) publie une traduction en latin des deux dialogues de Platon consacrés à l’amour : Le Banquet et Phèdre.

Marsilio Ficino accompagne sa traduction de commentaire. Il fait alors une lecture chrétienne de Platon, et ce, afin essentiellement de donner un second souffle à la foi des fidèles.

Marsilio Ficino estime que Platon annonce le Christ. Il parvient à appliquer la théorie de la réminiscence de Platon à la foi chrétienne. Il explique que l’âme incarnée conserve en elle le désir de Dieu et que par l’intermédiaire de la beauté, elle peut alors commencer son ascèse vers le créateur.

C’est Pontus de Tyard qui apporte cette théorie au groupe de la Pléiade. De la doctrine ficinienne, les écrivains retiennent surtout deux idées, à savoir la conception de l’inspiration de Ion –le poète est une sorte d’interprète des dieux- et la conception de l’amour, ce dernier étant considéré comme une aspiration à la beauté idéale. 

Le pétrarquisme

Né en 1304 en Italie à Arezzo, Francesco Petrarca (Pétrarque) disparaît en 1374. Ce poète influence toute l’Europe et surtout la France au XVe siècle et au XVIe siècle. Son œuvre est d’ailleurs plusieurs fois rééditée tout au long du XVIe siècle surtout entre 1537 et 1565.

Son recueil s’intitule Canzoniere (i.e. le chansonnier). Alors qu’il séjourne à Avignon, Francesco Petrarca rencontre, le 6 avril 1327, une jeune fille prénommée Laure. Elle devient l’objet d’un amour obsédant.

Ce recueil des poèmes, paru en 1342, est entièrement consacré à la femme aimée. Francesco Petrarca parvient à fondre, dans un même ouvrage, la poésie amoureuse latine comme l’écrivaient Ovide, Catulle et Properce et la poésie courtoise provençale. Seul sa conception poétique de l’amour est nouvelle.

Francesco Petrarca évoque donc une femme belle, vertueuse mais cruelle. Cette femme aimée est idéalisée. L’amour que le poète ressent pour elle est exprimé au moyen d’antithèses. L’amant malheureux se plaint perpétuellement de la passion qui le ronge.

Francesco Petrarca fut rapidement imité. En France, le premier recueil totalement consacré à une seule femme est dû à Maurice Scève (école de Lyon). Il publie Délie en 1544. Joachim Du Bellay fait paraître en 1549 L’Olive. Ce recueil n’emploie que le sonnet dont avait usage Francesco Petrarca qui n’en est pas l’inventeur, cette forme étant née en Sicile au XIIIe siècle.

Toutefois, les Canzoniere français sont un peu différents de leur modèle italien dans la mesure où le poète chante plusieurs femmes, comme le fait Pierre de Ronsard qui chante Cassandre, Marie et Hélène.

Ces différents recueils sont avant tout l’expression d’un travail d’art.

S’il est vrai que la Pléiade connaît une phase de pétrarquisme, elle connaît aussi une phase d’anti-pétrarquisme. Deux réalités expliquent ce phénomène. Tout d’abord une certaine abondance de poèmes qui ne furent pas toujours de qualité. Ensuite, un épuisement des thèmes sans cesse mis en mots. En plus, l’idéalisation excessive de la femme s’est aussi heurtée au désir physique que fait aussi naître l’amour. De même que la littérature médiévale connaissait l’opposition d’une poésie lyrique courtoise et de fabliaux populaires et parfois grivois, de même la Renaissance connaît une production poétique qui célèbre l’amour jusqu’à la dévotion et une production poétique qui est dédiée à la sensualité, voire parfois à l’érotisme.

 

 

La Pléiade donne à la littérature une autre finalité. Elle est avant tout réservée aux seuls lettrés. N’ayant pas alors de contacts avec la population ordinaire –qu’elle ne doit pas tenter de séduire en se mettant à son niveau- cette littérature doit cependant parvenir à mener jusqu’à elle cette population.

Les poètes de la Pléiade ne se contentent plus d’écrire simplement des vers. Ils finissent par devenir des artistes  que nous pourrions qualifier d’intellectuels engagés dans leur siècle et aussi des hommes de Lettres possédant un certain pouvoir sur l’opinion.

Pourtant pendant le premier tiers du XVIIe siècle, les poètes de la Pléiade seront quelque peu malmenés par quelques poètes dont François de Malherbe. L’érudition qualifiée d’obscure, la vénération considérée comme superstitieuse de l’Antiquité, les nombreux néologismes, archaïsmes et autres provincialismes  sont délaissés car rejetés. Il est vrai que lorsque le roi Henri II prend le pouvoir, la vie de cour a changé. Un public de guerriers plus grossiers, peu enclins aux références mythologiques et au style raffiné des poètes, n’entend plus cette poésie. Cette dernière doit alors se simplifier et songer à revoir son mode d’écriture.

Cependant la Pléiade prépare d’une certaine façon le classicisme. En effet, les auteurs du XVIIe siècle voudront, comme leurs prédécesseurs, imiter les Anciens. Ils seront, entre autres,  attachés à l’idée de règles. Ce que le début du XVIIe siècle rejettera sans doute injustement et de façon excessive, trouvera une autre façon de renaître…

 

FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIÈRE PARTIE

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 10:13

Du collège  de Coqueret à la Pléiade

Tout commence en Province

Parmi les poètes qui formeront la Pléiade, certains sont originaires de la même province : le Vendômois. Ils sont issus d’une noblesse provinciale quelque peu déclinante, sur le plan économique, dans cette seconde moitié du XVIe siècle.

Jacques Peletier du Mans naît en 1517 au Mans. Il suit des études de médecine et de mathématiques à Bordeaux, Poitiers et Lyon. S’il est vrai qu’il est à l’origine de la Pléiade, il en restera bien souvent à l’écart. D’ailleurs, Pierre de Ronsard ne le fera pas figurer sur la liste qu’il rédigera à la fin de sa vie.

Joachim Du Bellay est né en 1522 en Anjou. Il fait des études de droit à Poitiers où il rencontre Jacques Peletier du Mans. En 1547, il suit Pierre de Ronsard à Paris afin d’étudier au collège de Coqueret.

Pierre de Ronsard naît en 1524 dans le Vendômois. Une grave maladie le laisse à demi-sourd à l’âge de quinze ans. Il choisit de retourner dans la demeure où il a vu le jour : le château de La Possonnière. Il commence à rédiger quelques textes qu’il montre à Jacques Peletier du Mans. Puis il se rend à Paris et passe cinq ans au collège de Coqueret.

Rémy Belleau naît en 1528 à Nogent-le-Rotrou (28). Il entre, comme Etienne Jodelle, au collège de Boncourt et suit les cours de Muret et Buchanan. Il fait partie de la Brigade en 1554. Une grande amitié le lie à Pierre de Ronsard.

Jean Bastier, plus connu sous le nom de La Péruse naît en 1529. Alors étudiant à Paris, il rejoint rapidement le groupe de la Pléiade.

Jean Antoine de Baïf naît en Italie à Venezia (Venise) en 1532. Son père est ambassadeur et conseiller du roi François Ier. Il reçoit une éducation humaniste et a comme professeur Jacques Toussaint au Collège Royal et Jean Dorat qu’il suit en 1547 à la mort de son père.

Étienne Jodelle, quant à lui, appartient à une famille bourgeoise. Il naît en 1532 à Paris. Il suit des cours au collège de Boncourt en compagnie de Rémy Belleau et de Jacques Grévin. En 1553, il rejoint la Pléiade.

 Le collège de Coqueret et le collège Boncourt

À partir de novembre 1547, la plupart des poètes de la Pléiade reçoivent l’enseignement de l’helléniste et humaniste Jean Dorat. Admiré de ses élèves, Jean Dorat fait découvrir à ces jeunes gens la culture gréco-latine. Il traduit les poètes de l’Antiquité et commente aussi leurs textes. Il parvient à faire partager son enthousiasme à ses élèves.

Pierre de Ronsard, Joachim Du Bellay, Jean Antoine de Baïf étudient Horace, Virgile, Catulle, Properce, Tibulle et Ovide.

Mais ils apprennent aussi la langue italienne et découvrent Dante Alighieri (Dante), Giovanni Boccaccio (Boccace), Francesco Petrarca (Pétrarque) et Ludovico Ariosto (L’Arioste). Le groupe voue une certaine admiration à  ces auteurs qui ont su doter l’Italie d’une merveilleuse littérature nationale. Les élèves de Jean Dorat désirent donner à la langue française, ce que les auteurs italiens ont offert à la leur. Dans un premier temps, ils imitent les odes de Pindare, d’Horace et les sonnets de Pétrarque.

Pontus de Tyard n’est pas issu de collège de Coqueret.

Au collège Boncourt, Rémy Belleau, Étienne Jodelle et Jean de La Péruse suivent les cours de Marc Antoine Muret.

De ces deux écoles naîtra le groupe de la Pléiade.

De la Brigade à la Pléiade

Lorsque les poètes décident de constituer une école, Pierre Ronsard choisit d’abord le terme de brigade. Ce mot, brigata, d’origine italienne, désigne, dans le domaine militaire, une petite troupe. À partir de 1556, Pierre de Ronsard utilise le nom de Pléiade, mais pas de façon systématique.

Les ennemis protestants de Pierre de Ronsard, agacés par la façon qu’a le groupe de se comparer aux étoiles, désignent, avec ironie, vers 1563, ces poètes sous le nom de Pléiade. Ils assurent, sans le vouloir le succès de ce terme : Pléiade.

Pléiade désigne d’abord une constellation de sept étoiles. Les sept Pléiades (Alcyone, Célaeno, Électre, Maia, Mérope, Stéropé et Taygète) étaient les filles d’Atlas et de Pléione dans la mythologie grecque. Pléiade désigne ensuite un groupe de poètes grecs érudits et raffinés qui a vécu au IIIe siècle avant notre ère.

Toutefois, la Pléiade ne se limite pas à sept poètes. En effet, douze poètes fréquentent la Pléiade. Cependant la postérité a retenu les noms suivants :

Pierre de Ronsard

Joachim Du Bellay

Jean Antoine de Baïf

Pontus de Tyard

Jacques Peletier du Mans

Rémy Belleau

Étienne Jodelle

Cette liste, établie en 1556, était légèrement différente en 1553. Guillaume Des Autels et Jean La Péruse occupent alors la place de Pontus de Tyard et de Jacques Pelletier du Mans.

Seulement quatre noms figureront toujours sur cette liste : Pierre de Ronsard, Joachim Du Bellay, Étienne Jodelle et Jean Antoine de Baïf.

 

Tandis que se constitue le groupe de la Pléiade, la conception d’écrivain évolue. La notion moderne d’auteur naît. L’écrivain, depuis 1546, est présenté comme étant un être inspiré. Cette même inspiration procède de quatre fureurs évoquées par Platon dans le dialogue Ion.

Cette fureur est issue du divin. C’est le moyen grâce auquel Dieu élève l’âme humaine, donc incarnée, jusqu’à Lui. Pontus de Tyard et Thomas Sébillet reprendront cette théorie. En décrivant cette théorie, Thomas Sébillet établit une différence entre le poète touché par la fureur et le poète qui ne serait qu’un technicien de la langue.

En mettant en avant l’idée du poète inspiré, les écrivains parviennent à assurer leur avenir. En effet, il est de l’intérêt  des Grands de l’époque d’avoir à leur côté un être détenteur de vérités divines. Ce fait est important si nous songeons que le XVIe siècle, durant lequel la monarchie absolue se met petit à petit en place, n’a que peu de moyens pour assurer  et affermir son pouvoir. Tous les artistes sont alors les plus efficaces propagandistes du pouvoir.

Toutefois, la théorie de l’inspiration, malgré tout le prestige qu’elle offre aux poètes, est accompagnée d’un autre fait. Celui qui est l’élu des dieux se doit d’accomplir un travail obstiné sur la langue. La fureur est certes la condition nécessaire mais non suffisante du génie poétique !

 

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 10:08

François Ier s’éteint le  31 mars 1547. Durant son règne, la population continue d’augmenter et rattrape le niveau qui était le sien au milieu du XIVe siècle. Le pouvoir royal se modifie progressivement. Cependant la centralisation administrative royale est encore à construire. Les distances-temps sont importantes, Paris est alors à vingt jours de Marseille. Cette réalité implique que toute décision urgente doit être prise dans l’instant puis approuvée par le Roi après coup.

Villes et campagnes parviennent à s’enrichir. La population est inégalement répartie sur tout le territoire : deux millions d’habitants pour les villes et seize pour les campagnes, ce qui fait du royaume de France le pays le plus peuplé d’Europe au milieu du XVIe siècle.

Henri II succède à son père, François Ier. L’influence de l’Italie est alors à son apogée. C’est le temps de l’imitation des modèles antiques et italiens.

Sous le règne d’Henri II (1547-1559)

Contexte historique

La chute de Constantinople, en 1453, a eu des conséquences importantes en Europe. Les exilés grecs ont apporté avec eux le savoir. C’est le translatio studii.

Les cours européennes affichent la volonté de rompre avec les mœurs plus rudes du Moyen Âge. Ce désir surgit dès le début du XVIe siècle. Peu à peu, la société féodale médiévale s’efface au profit d’une société aristocratique et monarchique. D’ailleurs, la cour de François Ier compte jusqu’à plusieurs milliers de personnes. L’influence des cours italiennes est indéniable en France.

Les campagnes d’Italie eurent de nombreuses répercussions au royaume de France. La sympathie de François Ier pour l’humanisme a facilité son arrivée non seulement à Paris, mais aussi dans de nombreuses villes de France.

La fin du règne de François Ier est marquée par l’affaiblissement du pouvoir royal. Le roi ne parvient pas à prendre position dans les luttes entre les factions. L’avènement d’Henri II n’arrange d’ailleurs rien. Ce dernier ne parviendra pas à mettre fin au conflit qui opposera les Montmorencys  et les Guises.

Pourtant c’est sous le règne d’Henri II que la toute-puissance du roi nourrit les premiers débats. Si certains estiment qu’un pouvoir royal fort est indispensable, d’autres voudraient qu’il existât un consentement commun qui serait alors attribué soit aux Parlement, soit aux Etats généraux.

Cependant le règne d’Henri II représente aussi le temps de la Renaissance. Le royaume de France, après sa mort, connaîtra le temps des guerres civiles.

Contexte économique

À la fin du Moyen Âge, les nobles sont pour la plupart des illettrés. Ils n’ont pour eux que la naissance et les faits d’armes. Mais l’invention de l’artillerie rend la prouesse individuelle vaine. En plus, au début du XVIe siècle, les nobles fortement endettés, à cause des nombreuses guerres, se rapprochent de la cour où ils espèrent pouvoir obtenir pensions et bénéfices venant du Roi.

L’outre-mer permet toutefois des échanges commerciaux lors de la première moitié du XVIe siècle. Marseille est alors en plein essor. Mais la France n’a pas la même expansion coloniale que les autres pays d’Europe, ce qui est d’ailleurs un handicap pour son économie. La colonie, créée par Jacques Cartier en 1534 sur l’embouchure du Saint-Laurent (province du Québec au Canada), se heurte aux Indiens et aux rigueurs du climat. La colonie française, établie par Nicolas Durand de Villegagnon au Brésil en 1555, deviendra portugaise !

L’activité manufacturière et marchande se développe. Textile, métallurgie, fabrique de papier sont vendus.

Cependant l’inflation touche l’Europe. La découverte de métaux précieux en Amérique du Sud en est, en partie, la cause. Elle provoque une dévaluation. Le coût de la vie est alors multiplié par six. La nécessité d’obtenir des bénéfices ecclésiastiques ou d’acheter des offices est indéniable. Mais pour ce dernier, il faut un grade universitaire.

Quelques familles fortunées éprouvent un véritable engouement pour les universités et les études juridiques. Plusieurs poètes –Joachim Du Bellay, Jean La Péruse et Pierre de Ronsard- feront des études juridiques avant de pouvoir se tourner vers l’écriture.

 

 

Contexte culturel

À la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, l’humanisme touche petit à petit l’aristocratie.

C’est dans les villes que les connaissances sont enseignées. L’enseignement connaît alors un profond renouvellement. Au début du XVIe siècle, se met en place le modus parisiensis (i.e. style parisien) dans les collèges. Les élèves sont alors répartis en groupes de niveaux ou classes. En plus,  un emploi du temps précis est défini.

Grâce aux humanistes, la rhétorique remplace la logique qui était jusqu’à présent l’élément essentiel de l’éducation scolastique. C’est pourquoi, de nombreuses villes tentent de fonder leur propre collège, mais de l’argent est nécessaire pour cela. En effet, le système des classes augmente le nombre de régents qu’il faut rémunérer et les locaux doivent être plus grands. Le financement des ces établissements se fait par les dons d’un fondateur et les souscriptions des parents qui sont conquis par ce nouveau mode d’enseignement. Cependant, ces collèges sont rapidement l’objet d’enjeux dans les luttes religieuses, la monarchie et l’Eglise les contrôlant  de plus près.

Les villes, dans lesquelles sont installées des universités, acquièrent vite la renommée. Aix, Angers, Bordeaux, Bourges, Caen, Cahors, Montpellier, Nantes, Orléans, Paris, Poitiers, Reims (université fondée en 1548), Toulouse et Valence.

Les imprimeries, qui se trouvent  dans les villes, leur offrent un rayonnement culturel. Elles sont, à cette époque, plus nombreuses dans la moitié nord de la France.

Les poètes, appelés Grands Rhétoriqueurs (terme donné au XIXe siècle seulement), de la fin du XVe siècle sont des roturiers pour la plupart. Sans pension ou rente, le poète ne peut vivre. Clément Marot fut, entre autres, valet de chambre du Roi. Le poète devait donc monnayer par des flatteries son talent. Même si l’auteur dispose d’un peu de prestige, il ne suffit pas pour obtenir quoi que ce soit.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 16:14
1) Le théâtre et les spectacles de rue : un art populaire.
 
Le théâtre a une particularité que les autres genres littéraires (roman, poésie, nouvelle et conte) ne possèdent pas. Destiné à être joué devant un public, il est aussi à la portée de celui qui ne sait pas lire. C'est pourquoi, pendant longtemps, différents publics ont pu se retrouver au théâtre non seulement pour s'informer mais aussi pour s'amuser. Le public reconnaît dès l'entrée en scène des personnages à qui il a affaire : un costume, un titre… permettent rapidement de situer un personnage sans qu'une description soit nécessaire.
 
A cette époque, les acteurs ne sont pas encore entièrement considérés comme des professionnels. La population (toutes catégories confondues) les assimilait aux montreurs d'ours et aux acrobates, donc guère mieux que des vagabonds (ce qui changera à partir de 1572 avec les mesures prises par Elizabeth I qui obligea les comédiens à appartenir à une maison de quelque grand seigneur, afin de ne plus être poursuivis pour vagabondage). Les spectacles de rue sont assez nombreux durant cette période. A Londres, la population pouvait assister à des combats d'ours ou de taureaux dans des arènes situées à quelques pas des théâtres. La plupart de ces spectacles, qui sont d'une violence inouïe (animaux battus au sang ou dépecés), ne choque pas le public. Cette violence se retrouve non seulement dans les exécutions publiques (fort populaires) mais aussi au théâtre (cf. l'intrigue de Titus Andronicus qui figure ci-dessous). La vie et la mort se côtoient sans cesse.
 
2 Le théâtre au XVIe siècle et au début du XVIIe siècle :
L'homme du Moyen Age est un coutumier du théâtre et des spectacles de rue. C'est, à ce moment-là, un théâtre religieux. Les pièces, qui sont jouées, sont dans un premier temps des Mystères et des Miracles (théâtre exclusivement religieux), puis vers la fin du XIVe des Moralités (bien que l'aspect religieux ne disparaisse pas complètement, le bien et le mal sont présents, c'est surtout un théâtre allégorique). Les troupes de théâtre étaient encore itinérantes. Le spectateur est donc habitué à voir des acteurs jouer en pleine air et sans décor. Il est aussi habitué à la rhétorique des textes… Il connaît une sorte de code qui lui permet de comprendre ce qui se passe sous ses yeux sans avoir besoin d'explication. A partir du XVIe siècle, nous assistons à une diversification des genres théâtraux. L'Interlude se développe au détriment des autres genres. Les sujets abordés dans ces pièces sont divers, comme dans la pièce de John Redford, Wit and Science (l'Intelligence fait des efforts pour conquérir la Science gardée par l'Ennui dont il faut se débarrasser. 1530). Au lieu de se jouer dans la rue, l'Interlude se joue soit dans des demeures privées soit dans des auberges. Mais ces étapes ne se font pas du jour au lendemain : l'allégorie n'est pas tout de suite abandonnée, l'Interlude passe de l'intention didactique au divertissement et permet de passer de l'extérieur (lieu où les acteurs jouaient) à l'intérieur. C'est pourquoi, les premiers théâtres permanents sont construits à Londres à partir des années 1570 (1576, The Theater de John Burbage). En 1594, il existe déjà plusieurs théâtres, tels le Curtain, le Rose, le Blackfriars. En 1599, le Globe fut construit. L'espace scénique va alors se modifier : il est rond et est appelé "wooden". La scène ouverte est visible sur trois côtés. Le vide en dessous permet les apparitions grâce à des trappes. Avec quatorze mètres sur neuf, les comédiens peuvent se déplacer sans problème, toutefois cette espace ne peut accueillir des masses de figurants (comment a-t-on représenté la bataille d'Azincourt dans Henry V ?). Un balcon en fond de scène crée un second espace de jeu élevé. La scène ne compte ni décor, ni rideau mais quelques accessoires peuvent se trouver sur scène. C'est pourquoi, le texte doit créer l'illusion du temps et du lieu. Les acteurs soignent leurs costume qui a valeur de symbole : un personnage qui se déguise, comme dans Le Roi Lear, perd immédiatement son identité auprès des autres personnages. Les rôles féminins sont joués par de jeunes garçons, ce qui sera le cas jusqu'à la fin du XVIIe siècle.
 
 
Nous avons coutume d'appeler Théâtre Elisabéthain une période qui dura plus longtemps que le règne d'Elizabeth I (1558-1603).
Si l'histoire retient surtout le nom de Shakespeare, il ne faut surtout pas oublier les auteurs contemporains de Shakespeare qui ne sont pas des écrivains de second plan, comme Christopher Marlowe (mort en 1592 à l'âge de 29 ans lors d'une rixe, il composa des pièces de 1587 à 1592). D'ailleurs, le XVIe siècle connaît une production théâtrale extrêmement féconde aussi bien quantitativement que qualitativement. L'Espagne connaît la même sort durant le Siècle d'Or grâce à des auteurs comme Lope de Vega, Calderon de la Barca et Cervantès.
 
Nous divisons traditionnellement la période élisabéthaine en trois parties :
·         La première période, purement élisabéthaine au sens stricte du terme, est foncièrement positive. A cette époque, la société anglaise est sur le point de devenir l'une des plus riches (c'est le début du capitalisme et du commerce international) et le gouvernement anglais est l'un des plus puissants d'Europe. Le développement de la City londonienne est considérable (Londres surpasse alors Anvers). Des marchés importants s'ouvrent aux commerçants anglais. Cependant quelques problèmes existent : main-mise des grands sur les biens de l'église juste après la rupture avec Rome, injustices d'ordres diverses dans le monde ouvrier et épidémies périodiques de peste noire…
Les esprits changent. Les modèles issus du Moyen Age tombent peu à peu, notamment quelque temps (i.e. vers 1600), entre autres, après la publication du texte de Nicolas Machiavel Le Prince (Il Principe 1532). Nous passons de l'homme médiéval à l'homme de la Renaissance. Cette remise en cause des anciennes valeurs de la société aboutira à des moments de crise dont les tavernes et les théâtres ont toujours été les témoins sensibles. C'est pourquoi, le drame de cette période est résolument violent ou féerique mais sans nuance. Les personnages sont entiers, les actions tumultueuses… On se tue sans état d'âme ! La violence atteint son paroxysme dans Titus Andronicus : Titus Andronicus, général romain, vainqueur des Goths retourne à Rome avec des prisonniers. Deux hommes se disputent le trône impérial. Sollicité par la population romaine (qui lui demande de prendre le pouvoir), il persuade cette dernière de choisir Saturnius. Mais le frère de Titus, Bassianus enlève la futur femme de Saturnius, Lavinia (fille de Titus). Titus fait ensuite tuer celui qui a permis l'enlèvement de sa fille. Les malheurs s'enchaînent alors : Bassianus est tué lors d'une partie de chasse, Lavinia est violentée puis mutilée (langue et mains coupées afin qu'elle ne puisse dénoncer ses agresseurs qu'elle dénoncera finalement en écrivant leur nom avec la bouche ! )… Titus, qui veut absolument se venger, fait croire qu'il est devenu fou. Cette feinte lui permet d'agir. La pièce se termine dans le carnage. Titus tue sa fille (son honneur ayant été sali), Titus est lui-même tué. Un nouvel empereur est proclamé.
C'est aussi le moment où la puissance de la nation anglaise fait prendre conscience aux Anglais de leur identité et de leur mission. Le drame historique devient dès lors le miroir idéal de cette prise de conscience. Le public aime les chronical play, comme Henry VI et Richard III (qui illustre la lutte pour le pouvoir entre la maison de York et de Lancaster).
Le système dramatique des pièces est assez simple : quelques épisodes spectaculaires (batailles, meurtres). Les chroniques donnent les dialogues, les faits sont souvent peu vraisemblables.
Le contre point de cette violence du drame historique prend forme dans la comédie romanesque qui doit faire rêver. C'est le règne de la fantaisie où se croisent les dieux, les courtisans, le peuple…
 
·         La deuxième période élisabéthaine commence à la mort de la reine Elizabeth I qui fut la dernière des Tudors. Son successeur est un Stuart, Jacques I, roi catholique, fils de Marie exécutée par Elizabeth I. Son règne commence sous de sombres augures : Royaume au bord de la guerre civile, nouvelle épidémie de peste.    Les idées de Machiavel et de Montaigne, qui sont largement diffusées, ne font qu'aggraver le doute profond et                   le scepticisme de l'époque. Le modèle médiéval, qui était chancelant, éclate définitivement. Cette période de doute, d'ironie et d'angoisse mène au cynisme. Les tragédies (qui héritent de Sénèque des personnages, des thèmes violents) de ce début du XVIIe siècle conduisent les personnages au bord de la folie, comme dans Macbeth : lors de leur retour de campagne contre les rebelles, Macbeth et Banco (généraux de Duncan, roi d'Ecosse) rencontrent trois sorcières qui leur font des prédictions. Banco engendrera des rois sans l'être lui-même et Macbeth deviendra Thane de Cawdor puis roi. Alors qu'une partie de la prophétie s'est réalisée, Macbeth se laisse convaincre par Lady Macbeth de forcer le destin : il tuera le roi Duncan, qui est son hôte, pendant son sommeil. Une fois le crime commis, Macbeth éprouve des remords. Les fils de Duncan s'enfuient par peur. Macbeth prend le pouvoir. Mais se souvenant de la prophétie des sorcières, il décide de tuer Banco et son fils Fléance (qui parvient à s'échapper). Le spectre de Banco, qui est apparu lors d'un banquet, pousse Macbeth à retourner voir les sorcières. Les prédictions conduisent Macbeth à commettre d'autres crimes. Lady Macbeth perd la raison puis meurt. Macbeth est finalement tué.                                                                         Les textes dramatiques de cette époques véhiculent les angoisses de ceux qui, pris dans l'action, doutent de leur valeur. Le thème de l'ambition et de la recherche de pouvoir perdure. Il est limité par celui qui naît d'une conscience de la vanité de l'action. Il faut retenir de ces années que le désastre est inévitable, que tout va vers le chaos. Le mal submerge tout de façon irrémédiable et que l'innocence n'a aucune chance de survivre (comme dans Le Roi Lear).
 
·         La dernière période, qui commence vers 1608, amorce un retour vers l'apaisement. Le drame se fait moins désespéré. Les forces du biens triomphent. Celui qui parvient à contrecarrer le mal, en ressort grandi. Nous retrouvons un certain optimisme, comme dans La Tempête. La période s'achemine vers un déclin de la scène accentué par la méfiance des milieux puritains contre le théâtre (qui serait un lieu de débauche). D'ailleurs, les théâtres fermeront à partir de 1642, et ce, jusqu'en 1660).
 
Tout est changement durant cette période : remise en cause du modèle médiéval qui finit par disparaître, le théâtre se métamorphose, littérature florissante (poésie et théâtre).
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