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Bienvenue sur ce blog !
 
Vous allez pouvoir plonger dans le monde des Lettres. Comme il n'est pas de littérature, quels que soient le pays et l'époque, hors du temps, vous pourrez aussi trouver des points de repères dans différents domaines : histoire, peinture, sculpture, musique, architecture, et tant d'autres encore…
 
Une place accordée aux nouveautés de tous pays ne fera pas oublier les textes plus anciens, voire très anciens. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir non seulement les textes de l'Antiquité mais aussi ceux du Moyen Age. Les époques suivantes ne sont pas laissées de côté. Au milieu des textes devenus des classiques –comme le veut la formule- vous ferez peut-être d'heureuses découvertes… Vous voyagerez, je l'espère, ici et là dans des univers auxquels vous n'aviez pas encore songé…
 
Vous trouverez aussi des informations sur la langue française. Il ne s'agit pas d'un travail universitaire, mais simplement d'éléments qui permettent de rendre compte des différents états d'une langue.
 
Si vous avez envie de poursuivre, alors venez papillonner et j'espère que vous trouverez votre bonheur et que l'envie de lire sera au rendez-vous !
 
Je vous invite à partager tout cela !

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 10:42

Scène 6

 

Le drapier s'indigne car il sait que certaines personnes le trompent. Il en veut à son berger qui s'est moqué de lui. Il songe à le trainer en justice.

 

Thibaud l'Agnelet, le berger, est auprès du drapier qu'il salue. Il ne sait pas pour quelle raison il se devait de parler avec le drapier. Le drapier, irrité et agressif, menace de trainer le berger en justice afin que ce dernier lui règle l'abattage de ses bêtes. Le berger se défend. Mais le drapier, qui a toujours à l'esprit les six aunes de drap, dit qu'il veut être payé.

 

Le berger est surpris quand il entend le drapier parler de drap. Il réplique et déclare que son maître, le drapier est en colère pour autre chose.

 

Le draper se fâche. Le berger propose alors de trouver un arrangement afin qu'il n'ait pas à plaider. Mais le drapier, toujours persuadé que tout le monde le trompe, ne veut rien entendre : "par Dieu, ne n'en appointeray / qu'ainsi que le juge fera." (i.e. "parbleu, […] aucun arrangement autre que le juge en décidera.").

 

Le berger salue son maître et admet qu'il lui faudra se défendre.

 

Scène 7

 

Le berger va frapper à la porte de maître Pathelin. Ce dernier, surpris, croit que c'est le drapier qui revient. Guillemette le rassure et fait entrer cet homme.

 

Le berger explique à maître Pathelin qu'il doit répondre à une assignation et qu'il lui faut quelqu'un pour le défendre. Il ajoute qu'il payera bien maître Pathelin bien qu'il soit mal habillé.

 

Le berger expose donc son problème. Il travaillait pour un maître qui le payait chichement. Alors, il mit au point un stratagème. Il assommait quelques bêtes et faisait croire à son maître que les bêtes mourraient de la clavelée. Cela permettait au berger de survivre puisqu'il devait isoler l'animal soi-disant malade. Ensuite il pouvait manger l'animal. Mais comme le berger assomma trop de bêtes, son maître eut un doute et le fit observer. Le berger fut pris la main dans le sac.

 

Le berger demande donc à maître Pathelin de trouver l'argument qui fera que la cause défendue par son maître devienne mauvaise.

 

Le berger promet à maître Pathelin de beaux écus d'or à la couronne, s'il réussit !

 

Après avoir appris combien d'animaux le berger a pris à son maître, maître Pathelin explique comment il agira. Maître Pathelin ne se montrera pas avec le berger. Lorsque le berger sera appelé à comparaître, il lui faudra répondre systématiquement "bée".

 

Le berger confirme qu'il dira "bée" à tous ceux qui l'interrogeront, même à maître Pathelin.

 

Maître Pathelin confirme que ce sera le seul moyen d'attraper l'adversaire. Mais le berger ne doit pas oublier de régler ses honoraires. Le berger répond simplement : "Mon seigneur, se je ne vous paye / a vostre mot, ne me croiez / jamais ; mais, je vous prie, voiez / diligamment a ma besongne. (i.e. "Mon seigneur, si je ne vous paie pas  votre prix, ne me faites jamais crédit, mais, je vous en prie, pensez sans traîner à mon affaire." [l'expression "a vostre mot" peut se comprendre de deux façons soit "selon vos désirs" soit "avec votre mot" c'est-à-dire "en vous répondant par "bée."]).

 

Maître Pathelin annonce qu'ils doivent aller auprès du juge qui est déjà en séance. Mais ils s'y rendront sans se suivre afin de ne pas montrer que maître Pathelin est l'avocat du berger. Maître Pathelin rappelle au berger de le bien payer. Le berger acquiesce et s'en va.

 

Maître Pathelin se dit qu'il touchera peut-être un ou deux écus.

 

Scène 8

 

Maître Pathelin salue le juge qui lui propose de prendre place. Maître Pathelin accepte et s'installe à l'écart.

 

Le juge souhaite que, si affaire il y a, elle soit vite expédiée. Le drapier annonce que son avocat arrive et qu'il faut l'attendre. Le juge, déclarant qu'il a affaire ailleurs, demande que tout lui soit expliqué rapidement. Le drapier confirme qu'il est le demandeur et montre où se trouve le défenseur.

 

Sur la demande du juge, le drapier expose sa plainte. Celui qu'il a élevé, est devenu son berger. Mais ce dernier "a fait un tel deluge / de brebis et de […] moutons / que sans faultë…" (i.e. "a fait une telle hécatombe de [ses] brebis et de […] moutons que sans faute…"). Mais il est interrompu par le juge qui lui demande si cet homme était son salarié. Ce à quoi maître Pathelin répond que le drapier le gardait sans le payer.

 

Le drapier reconnaît aussitôt maître Pathelin et s'embrouille en évoquant les six aunes de drap que maître Pathelin a réussi à obtenir voilà peu. Le juge est surpris. Maître Pathelin répond que le drapier divague.  Maître Pathelin explique que le drapier a voulu dire que son berger avait vendu la laine dont est fait le drap de sa robe, ce qui implique que le berger aurait volé la laine de ses brebis.

 

Le drapier a toujours à l'esprit son drap, ce qui agace le juge qui déclare : "Sus, revenons a ses moutons." (i.e. "Allons, revenons à nos moutons.").

 

Maître Pathelin propose alors au juge d'interroger la partie adverse.

 

Le juge demande au berger de s'avancer et l'interroge. Pour toute réponse, il a un "bée." Maître Pathelin avance l'hypothèse suivante. Le berger est peut-être fou.

 

Le drapier ne parvient toujours pas à penser à autre chose qu'à son drap. Le juge le rappelle à l'ordre et lui demande de dire quelle est sa requête. Mais le drapier mélange les deux affaires, ce qui fait que le juge ne comprend rien. Maître Pathelin en profite pour intervenir et estime que le drapier ne donne pas son salaire au berger.

 

Le drapier n'en démord pas. Il parle à nouveau de son drap et ajoute que celui qui vient de parler au juge est un trompeur.

Le juge fait avancer les choses. Maître Pathelin explique que, le berger ne pouvant répondre aux faits qui lui sont reprochés, il se propose de l'assister.

Le juge lui dit qu'il ne touchera probablement rien sur cette affaire mais maître Pathelin déclare qu'il veut bien venir en aide à ce berger bénévolement.

 

Maître Pathelin interroge alors le berger qui ne sait que répondre "bée" à chaque question. Après quelques questions, maître Pathelin finit par dire que ce berger est simplement fou. Le drapier prétend le contraire.

 

Maître Pathelin demande à ce que le berger soit renvoyé auprès de son troupeau. Le juge est d'accord : "la court ne sera plus tenue." (i.e. "la cour ne siégera plus."). Maître Pathelin renchérit en disant au juge que ces deux hommes sont fous.

 

Le drapier s'adresse à maître Pathelin à qui il reproche d'avoir obtenu son drap par ruse. Il lui dit qu'il n'est pas fou. Ensuite le drapier annonce au juge qu'il lui expliquera tout de cette histoire.

 

Mais maître Pathelin  demande au juge d'intervenir. Il estime que le drapier devrait avoir honte de tant parlementer pour quelques bêtes. Ce dernier paraît surpris et demande de quels moutons il s'agit, car il ne parle que du drap.

 

Le juge est agacé par tout ceci. Maître Pathelin poursuit toujours sur l'affaire du berger tandis que le drapier ne parle plus que du drap. Finalement, le juge tranche l'affaire. Le drapier ne peut plus poursuivre le berger qui est envoyé auprès de ses bêtes. Le juge reproche son attitude au drapier qui tente de parler. Maître Pathelin parvient toujours à couper la parole du drapier. Le juge met fin à tout cela et annonce qu'ayant à faire ailleurs, il s'en va et ne reviendra plus siéger ici.

 

Scène 9

 

Alors que le juge est parti, les trois hommes se retrouvent ensemble. Le drapier demande à maître Pathelin de le payer. Maître Pathelin laisse entendre que le drapier se trompe de personne, mais ce dernier persiste. Il parle bien à maître Pathelin à qui il a vendu du drap à crédit.

 

Maître Pathelin maintient ses propos. Finalement le drapier annonce qu'il se rendra chez lui afin d'en avoir le cœur net. Si jamais maître Pierre Pathelin est là-bas, il n'y aura pas de contestations possibles. Ceci dit, il s'en va.

 

Scène 10

 

Maître Pathelin s'adresse au berger. Il évoque ce qui vient de se passer. Il annonce au berger qu'il n'a plus à dire "bée", les autres étant partis. Il demande à être payé par le berger qui répond toujours "bée." Maître Pathelin est agacé par l'attitude du berger qui dit toujours "bée." Maître Pathelin se rend à l'évidence. Il a trouvé plus malin que lui. Il menace le berger, mais Thibault Aignelet a le dernier mot.

FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIÈRE PARTIE

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 10:40

Source

Scène 3

 

Maître Pathelin est de retour dans sa demeure. Après avoir fait marcher Guillemette, il lui montre le drap qu'il a obtenu. Guillemette s'en étonne et dit qu'"il vient d'aucune couverture. (i.e. "il provient d'une tromperie."). Maître Pathelin annonce que ce drap est déjà payé et que Guillemette ne doit pas se faire de souci.

 

Mais comme Guillemette sait que maître Pathelin n'avait pas d'argent quand il a quitté la maison, elle lui demande comment il a pu payer. Maître Pathelin répond qu'il avait "ung parisi" (i.e. "un sou de Paris."). Cela laisse Guillemette sceptique.

 

Après avoir évoqué la personne à qui il a acheté le tissu, maître Pathelin donne le nom du vendeur : Guillaume Joceaulme. Ensuite, il raconte comment il a réussi à avoir le tissu. Maître Pathelin s'est contenté de belles paroles sur la famille du drapier et sur sa marchandise. Avec ses propos ingénieux, il a obtenu, à crédit, six aunes de tissu, quant au payement, "on luy rendra le dyable !" (i.e. "on lui payera le diable !").

 

Guillemette conclut donc que maître Pathelin a agi comme dans la fable mettant en scène Maître Renard et le corbeau. Des flatteries ont suffi à duper le drapier.

 

Comme Guillaume Joceaulme, le drapier, doit venir manger de l'oie afin, en même temps, d'être payé, maître Pathelin annonce à Guillemette, la ruse qu'il veut mettre en place. Il s'agit de faire croire au drapier que maître Pathelin est malade depuis deux mois et qu'il est donc couché. Guillemette devra demander au drapier de parler plus bas. La femme promet de bien jouer son rôle mais rappelle à maître Pathelin que ce stratagème ne doit pas échouer, sinon il risque de tomber entre les mains de la justice. Il y a peu, il fut mis au pilori. Maître Pathelin fait taire Guillemette en lui rappelant que ce drap doit leur rester et qu'il leur faut garder leur sérieux. Guillemette promet de ne pas rire tandis que maître Pathelin part se coucher.

 

Scène 4

 

Le drapier se dit qu'il est temps d'aller chez maître Pathelin où il doit boire et manger puis recevoir son argent car maintenant il ne vendra rien de plus.

 

Scène 5

 

Le drapier arrive et appelle maître Pathelin. Aussitôt, Guillemette lui demande de parler plus bas. Le drapier ne comprend pas et réclame maître Pathelin. Guillemette, qui reproche au drapier de manquer de tact, lui apprend que son mari est au lit depuis "unze sepmaines sans partir !" (i.e. "onze semaines sans en bouger.").

 

Le drapier, toujours étonné face aux propos de Guillemette, finit par dire que maître Pathelin est venu, voilà peu, au marché où il a pris six aunes de drap. Il demande à être payé, ce à quoi Guillemette répond que l'instant n'est pas à la plaisanterie. Mais le drapier insiste et réclame ses neuf francs. Guillemette se fâche un peu tandis que le drapier continue de réclamer son argent et la venue de maître Pathelin.

 

Pris d'un doute, le drapier demande s'il est bien chez maître Pathelin. Guillemette répond au drapier qu'il est bien chez maître Pathelin et lui demande de parler plus bas.

 

Le drapier, agacé, dit encore une fois que maître Pathelin est venu chercher six aunes de drap ce jour. Guillemette, en criant de plus en plus fort, s'énerve davantage. Elle déclare que son mari est alité depuis onze semaines. C'est pourquoi le drapier n'a pas à raconter de telles choses.  D'ailleurs, le drapier fait remarquer à Guillemette qu'elle crie alors qu'elle a demandé de parler plus bas.

 

Une fois encore, le drapier réclame son argent et Guillemette emploie le même stratagème. Elle recommande de parler plus bas. Tandis que le drapier continue d'exiger son payement, Guillemette annonce que son mari "ne hobe ; / il n'a nul mestier d'avoir une robe ; / jamais robe ne vestira / que de blanc, ne ne partira / dont il est que les piés devant." (i.e. "ne bouge pas ; il n'a aucun besoin d'avoir une robe, jamais il ne revêtira d'autre robe que blanche, et il ne partira, d'où il est, que les pieds devant."). C'est pourquoi le drapier n'a pas à raconter de telles choses. D'ailleurs celui-ci fait remarquer à Guillemette qu'elle crie alors qu'elle a demandé de parler bas.

 

Soudain, maître Pathelin appelle Guillemette, car il désire quelque chose, ce qui semble rassurer le drapier.

 

Interrogé par Guillemette, qui estime que son mari est trop agité, maître Pathelin déclare voir "ung moisne noir qui vole !" Maître Pathelin affirme que les médecins l'ont mal soigné.

 

Guillemette demande au drapier de venir voir son époux qui "est si tresmal pacïent." (i.e. "souffre le martyre.").

 

Le drapier continue d'être ébaubi, mais il souhaite toujours toucher l'argent pour le drap vendu à crédit.

 

Maître Pathelin raconte au drapier, qu'il nomme maître Jean [appeler Guillaume maître Jean, c'est une manière de le traiter de niais, voire de mari trompé.], ses problèmes intestinaux. Bien sûr le drapier s'en moque et réclame son argent. Maître Pathelin fait la sourde oreille et poursuit sa conversation uniquement sur le plan médical.

Au même moment, Guillemette demande au drapier, qui veut toujours son argent, de quitter la maison puisque son mari prend le drapier pour un médecin.

 

Le drapier, qui rappelle que maître Pathelin est venu, ce jour-même, chercher du drap, commence à douter de ce qu'il a vu.

 

Guillemette tente de chasser le drapier en lui disant que sa présence dans la demeure pourrait faire naître des ragots, ce dont elle ne veut pas. Le drapier demande alors à Guillemette si elle a de l'oie à manger. Elle déclare que non.

Le drapier ne sait plus où est le vrai du faux, même s'il doute de plus en plus. Cependant, il s'en va.

 

À voix basse, maître Pathelin demande à Guillemette si le drapier est parti. Elle confirme et ajoute qu'il continue de grommeler. Elle demande à maître Pathelin, qui veut se lever, de rester encore couché car le drapier pourrait revenir.

 

Tous deux sont heureux d'avoir réussi à duper le drapier à l'égard duquel ils ont bien peu de sympathie. Ils évoquent ce qui vient de se passer et se moquent de lui.

 

Le drapier, toujours dans ses pensées, s'indigne et vocifère contre "cest advocat potatif" (i.e. cet ivrogne d'avocat." ; [jeu sur le mot potatif qui renvoie à la fois à potare "boire", donc "aviné" et à putatif donc "supposé"]). Il revient alors sur ses pas et appelle Guillemette.

 

Dès que maître Pathelin a annoncé à Guillemette qu'il allait faire semblant de délirer, la femme va ouvrir. Elle le reçoit en lui disant qu'il crie, lui, lui répond qu'elle rit !

 

Guillemette réplique aussitôt. Ce fait s'explique par l'état de santé de maître Pathelin qui délire. Mais cette réponse lui importe peu. Tout ce que veut le drapier, c'est son argent.

 

Maître Pathelin commence à délirer. Bien qu'il l'entende, le drapier n'est pas convaincu. Il veut son argent. Peu importe la façon dont il sera payé. Guillemette réussit toujours à répliquer et maître Pathelin poursuit son délire en provençal, en picard, en flamand et dans d'autres langues. Guillemette justifie toujours le fait qu'il soit capable de parler la langue dans laquelle maître Pathelin délire. Alors, le drapier oublie l'argent et finit par croire que maître Pathelin est bien malade. Guillemette enchaîne en disant que la mort de maître Pathelin est bien proche.

 

Finalement le drapier réalise que le temps de quitter les lieux est arrivé. Il l'annonce à Guillemette et lui présente ses excuses. Le drapier était, en effet, persuadé que maître Pathelin était bien venu chercher du drap ce matin…

 

Le drapier s'en va et se dit que le diable lui a joué un tour pour le tenter. Finalement peu importe qui a pu l'avoir, le drapier donne ce drap !

 

Maître Pathelin se lève et se réjouit de sa réussite. Guillemette est heureuse aussi. Elle a bien joué son rôle. Les voilà avec de quoi faire des robes, conclut maître Pathelin.

 

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 10:57

Source

Cette pièce, dont l'auteur est resté anonyme, fut présentée pour la première fois entre 1456 et 1469. Nous sommes alors à l'aube du règne de Louis XI (1461).

 

Cette pièce n'a pas de morale explicite. Il est vrai que personne n'est innocent.

 

Une farce –genre dramatique- est comique. Ce qui fait aussi l'originalité de cette pièce, c'est sa longueur : 1599 vers, farces et sotties en ayant d'habitude environ cinq cents.

 

Michel Rousse a mis en évidence les points de ruptures qui interviennent tous les cinq cents vers. Le texte peut donc se découper en trois actes :

- Le vol du drap.

- Le délire de maître Pathelin.

- L'épisode du berger.

 

Si l'on sait que certaines expressions de cette pièce devinrent des proverbes, on ne s'étonnera pas du succès immédiat de cette pièce en cette fin de Moyen Âge. Elle fut même adaptée en vers latins  sous le titre Veterator et imitée par François Rabelais qui fera de Pierre Pathelin un Panurge et de Guillaume Joceaulme un Dindenault.

 

Ce texte fut publié six fois avant 1500.

 

L'auteur a utilisé les ressources du comique dans cette satire de la justice et du commerce. La pièce tourne autour d'un seul thème qui se résume ainsi : "À trompeur, trompeur et demi."

Pierre Pathelin, avec l'aide de Guillemette, trompe le drapier Guillaume Joceaulme, mais Pierre Pathelin est trompé à son tour par le berger Thibault Aignelet.

 

Les traits de caractères des personnages sont mis en avant. Le drapier méprise le client. Sa vanité, son amour du gain et la joie qu'il éprouve à tromper font toute sa personnalité. Cet homme est facile à duper. Cet homme est aussi le représentant du monde de l'argent puisqu'il est un commerçant qui vole le client et un propriétaire qui vole le berger.

 

Maître Pathelin, quant à lui, est intelligent plutôt que savant. Toutefois, il a un peu de culture et possède quelques savoirs. Il sait par exemple parler le latin et plusieurs patois. Connaissant bien les hommes, il sait les tromper et les manipuler. Bien qu'il soit doué quelle que soit la situation, maître Pathelin est réduit à la misère. Aussi malicieux que Goupil le Renart, maître Pathelin connaît quelques défaillances, ce qui fait de lui tantôt un homme triomphant, tantôt un homme vaincu.

 

Le langage est aussi au centre de la pièce. Le double langage est courant donc souvent trompeur. Les noms sont aussi porteurs de sens. Patelin a le sens de "façon étrange de parler." Il désigne aussi un "beau parleur." Guillaume, au Moyen Âge, s'emploie aussi comme nom commun et désigne un "niais" ou un "mari trompé." Le prénom Guillaume est aussi à rapprocher de guiller qui signifie "tromper." S'il est vrai que le nom de Guillaume désigne la sottise, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un sot qui peut être rusé, donc capable de tromper.

Guillemette était donnée aux filles peu farouches.

Thibault était aussi l'un des noms que l'on donnait aux maris trompés.

 

La Farce de maître Pierre Pathelin marque aussi une étape dans le monde médiéval. Dans cette pièce, où la ruse est une arme utile contre le malheur, nous avons un univers qui connaît des changements importants aussi bien dans les mœurs que dans les mentalités : les idéaux du Moyen Âge, les limites du monde connu.

 

La pièce compte cinq personnes et dix scènes.

 

Maître Pierre Pathelin, avocat.

Guillemette, femme de Pathelin.

Guillaume Joceaulme, drapier.

Thibault Aignelet, berger.

Le juge.

 

Scène 1

 

Maître Pierre Pathelin et Guillemette discutent. Malgré tous les efforts qu'il fait, Pierre Pathelin ne parvient pas à gagner sa vie alors que qu'auparavant il plaidait. Guillemette le déplore aussi, mais les temps ont changé et personne ne fait plus appel à maître Pathelin. Il est vrai qu'à ce jour, tous deux  ne mangent pas à leur faim et leurs "robbes sont plus qu'estamine/ reses, […]" (i.e. "habits sont plus transparents qu'une étamine.").

 

Maître Pathelin demande à Guillemette de se taire et lui annonce que bientôt il aura de quoi les vêtir correctement.

Guillemette sait qu'il obtiendra ce qu'il désire par la ruse, car comme avocat, maître Pathelin est doué dans l'art de tromper, comme bien d'autres gens !

 

Guillemette demande comment il pourra acheter du tissu puisqu'il n'a pas le moindre argent. Maître Pathelin se contente  de répondre qu'il réussitra à avoir du drap pour tous les deux. Si jamais, il n'y arrivait pas, Guillemette pourrait toujours le traiter de menteur. Maître Pathelin propose même à Guillemette de choisir la couleur du tissu. Mais la jeune femme estime que personne ne fera crédit à maître Pathelin, qui lui, le croit.

 

Après avoir annoncé ce qu'il choisira et après avoir demandé à Guillemette de garder la maison, maître Pathelin part.

 

 

Scène 2

 

Maître Pathelin se rend à l'étal de Guillaume Joceaulme, le drapier. Maître Pathelin se montre extrêmement poli envers le drapier et s'inquiète de sa santé. Il lui demande aussi si son commerce se porte bien. Le drapier déclare que sa santé est bonne, quant au commerce, "ne font pas tousjours a leur guise." (i.e. "tout ne va pas toujours comme on veut.")

 

Maître Pathelin fait l'éloge du défunt père du drapier. Cet homme avait toutes les qualités et maître Pathelin l'avait souvent côtoyé de son vivant. Le drapier invite alors maître Pathelin à s'asseoir, ce qu'il accepte. Selon maître Pathelin, le père du drapier lui avait raconté que son fils lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. Maître Pathelin demande aussi des nouvelles de Laurence, la tante du drapier dont il fait l'éloge. Puis une fois encore maître Pathelin parle du père du drapier :

 

Le bon preudomme, et si prestoit

Ses denrees a qui les vouloit !

Dieu luy pardoint ! Il me soulloit

Tousjours de si tresbon cuer rire

 

(i.e. "le brave homme, et il vendait à crédit ses marchandises à qui les voulait ! Que Dieu lui pardonne ! Il avait l'habitude de m'accueillir toujours avec un sourire.").

 

Enfin maître Pathelin en vient au tissu :

Que ce drap ycy est bien fait,

Qu'il est souëf, doulx et traictis !

 

(i.e. "que ce drap-ci est bien fait, qu'il est soyeux, doux, souple !")

 

Ce à quoi le drapier lui répond qu'il l'a fait faire avec de la laine de ses brebis. Tout en reconnaissant que le drapier est bien le digne fils de son père, maître Pathelin continue d'interroger Guillaume Joceaulme sur les différents tissus qu'il vend, bien qu'il n'ait pas l'intention d'acheter puisqu'il a "mis appart quatre vings/ escus pour retraire une rente." (i.e. "mis de côté quatre-vingts écus pour racheter une rente."). Mais le tissu du drapier lui plaît tant qu'il en a envie et promet alors d'en acheter.

 

Maître Pathelin poursuit son petit jeu. Comme il est question d'argent, le drapier est intéressé, d'autant plus que maître Pathelin ne marchande pas. Dès que le drapier a donné les informations sur le prix du drap, maître Pathelin essaie de négocier mais sans y parvenir. Il demande alors six aunes [une aune représente un mètre vingt]. Ils mesurent le tissus ensemble.

 

Après avoir entendu la réflexion de maître Pathelin, le drapier demande s'il doit remesurer. Maître Pathelin refuse alors et demande le prix qui est de six écus.

Ensuite, maître Pathelin demande au draper de lui faire crédit jusqu'à ce qu'il vienne se faire payer chez maître Pathelin. Le drapier estime que cela lui fera faire un grand détour, mais maître Pathelin lui promet qu'il prendra un verre, aura son paiement en écu d'or et non en monnaie [les écus d'or étaient plus recherchés car moins portés à se dévaluer, ce qui n'était pas le cas de la monnaie] et qu'il pourra manger de l'oie. Le drapier accepte alors et dit qu'il amènera le drap. Prétextant que le drapier n'a pas à se donner cette peine, maître Pathelin met l'étoffe sous le bras. Le drapier se laisse faire mais demande à être réglé dès son arrivée chez maître Pathelin.

Maître Pathelin confirme qu'il en sera bien ainsi et fixe le rendez-vous. Guillaume Joceaulme lui rappelle qu'il veut être payé en or.

 

Une fois seul, sur le chemin, maître Pathelin se dit que le drapier ne lui a pas vendu ce tissu à son prix mais au sien.

 

Resté seul, le drapier estime qu'il s'y est bien pris puisque "pour vingt et quatre solz l'aulne, / a prins drap qui n'en vault pas vingt." (i.e. "pour vingt-quatre sous l'aune, il a pris du drap qui n'en vaut pas vingt.").

 

 

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 10:46

Source

Dans la taverne, l'aubergiste demande à Caignet que Raoul aille crier dehors : " Le vin aforé de nouvel, / Qui est d'Aucherre a plain tonnel." (i.e. "le vin fraîchement mis en perce, du vin d'Auxerre sans mélange.").

 

Quand, dans la rue, Connard aperçoit Raoulet, il l'interpelle, estimant que cet homme lui cause du tort. Raoulet réagit et apprend que Connard est  "Crieres […], par naïté, / As eskievins de la chité." (i.e. "par la naissance, […] crieur des échevins de la cité."), tandis que lui crie le vin et dépend  "as homes de le vile." (i.e. "des hommes de la ville.").

Connard conseille à Raoulet de lui abandonner son métier, mais Raoulet ne se laisse pas faire. Caignet, voyant les deux hommes se chamailler, appelle l'aubergiste qui arbitre la situation : chacun aura de la ville son droit de ban.

 

Pour confirmer l'accord, Raoulet offre du vin à Connard. Puis Raoulet retourne crier le vin.

 

Pincedé arrive alors pour boire. Raoulet lui donne des conseils pour apprécier ce vin. Cliquet, déjà présent dans la taverne, s'approche de Pincedé et lui propose de boire avec lui. Mais Cliquet doit déjà, selon l'aubergiste, "[…] un lot / Et puis un denier de ton gieu / Et trois partis pour le courlieu : / che sont cinc deniers, poi s'en faut." (i.e. "un lot, et puis un denier pour le jeu, et trois partis pour le courrier, ce qui fait cinq deniers, peu s'en faut.").

 

L'aubergiste demande à son valet, Caignet, de ne donner de vin pur qu'à Pincedé. Cliquet proteste aussitôt contre cette façon de tirer le vin.

 

Cliquet verse donc le vin à Pincedé et à Cliquet. Pincedé l'aprrécie et le dit mais Cliquet le somme de se taire : "[…] pour le marc dou cois / Et pour sen geugon qui l'aseme ! " (i.e. "à cause du taulier et de son larbin qui le double !"). Ce à quoi Pincedé réplique : "Voire, et qui maint bignon li teme, / Quant il trait le bai sans le marc." (i.e. "Oui, oui, et qui lui torche mainte barrique quand il tire le rouquin sans pognon.").

 

Caignet demande le silence à afin de boire. Rasoir, l'ami des deux compagnons, arrive et se joint à eux.

Ensemble, ils boivent le vin dont Cliquet vante la qualité. Rasoir en commande un lot [ce qui correspond à quatre pintes], ce qui étonne les deux larrons qui se demandent comment Rasoir pourra régler le tout.

Rasoir donne de l'argent et tous boivent. Pincedé est surpris par cet argent et questionne Rasoir. Ce dernier annonce que le trésor du roi n'est plus que sous la protection d'une statue, libre à eux de le dérober pour devenir riche !

 

Pincedé a du mal à y croire mais Raoulet lui confirme qu'il a entendu proclamer cela. Alors ils boivent puis jouent. Cliquet emprunte un peu d'argent, à l'aubergiste qui demande à avoir un bon gage.

 

Ils jouent aux dés. "Mais qui en puist avoir, s'en ait ! / Qui le mains a, si les pait tous !" (i.e. "Mais plutôt à chacun de courir sa chance ! Que celui qui a le moins de points paie le tout !") annonce Rasoir.

 

Après avoir confirmé que les dés n'étaient pas pipés, Cliquet les prête à Rasoir. Chacun accepte de jeter "[…] devant la main." (i.e. "la main bien ouverte !"). Rasoir joue et fait quinze alors que Pincedé ne fait que cinq. Les compagnons poursuivent le jeu de dés en variant les enjeux. Mais rapidement Cliquet et Pincedé finissent pas se disputer le gain, chacun estimant l'avoir gagné. Caignet appelle l'aubergiste pour calmer leur querelle.

 

L'aubergiste questionne Rasoir afin d'apprendre ce qui s'est passé pour mieux rendre justice aux deux larrons. Mais Rasoir rétorque qu'il vaut mieux le demander à Caignet, ce qui contente les deux larrons.

Cliquet et Pincedé acceptent de déposer l'argent qu'ils avaient dans leur main et Caignet règle le partage qui est accepté par les deux larrons. Ensuite Caignet fait boire les deux amis afin de les réconcilier, ce qui arrive bien vite.

 

Cliquet annonce que : "Il est mout passé de le nuit, / S'est bien tans d'aller a la brune, / Car esconsee est ja li lune, / Et chi ne gaaignons nous rien." (i.e. "Une bonne partie de la nuit est déjà passée, et il est grand temps de sortir sur la brune, car la lune est déjà couchée, et ici nous ne gagnons rien."). Le moment de passer à l'action est venu.

 

Raoulet propose un marché à l'aubergiste : la maison de l'aubergiste pour cacher le gros butin que les trois larrons rapporteront et un partage des lots tirés au sort par l'aubergiste lui-même. Toutefois, l'aubergiste demande à Cliquet si cela est vrai. Cliquet confirme. L'aubergiste accepte et prête un sac pour rapporter le butin.

 

Les trois larrons, qui jurent souvent avec les saints, prennent la direction du palais du roi.

 

Dès qu'ils sont dans le palais, Rasoir demande à Pincedé d'aller vérifier que le roi est bien endormi. Après avoir confirmé que le roi et ses barons dormaient profondément, les trois larrons se rendent auprès du trésor.

 

Les richesses sont donc sous la garde de la statue de saint Nicolas. Les trois larrons volent facilement le trésor. Pincedé, avec l'aide de ses complices, parvient à porter le coffre. Ensemble, ils retournent à la taverne.

 

Rasoir appelle l'aubergiste pour qu'il leur ouvre sa porte et annonce que : "Vos sas ne revient mie wis." (i.e. "votre sac ne revient pas vide").

Les compères demandent aussitôt à boire, ce que leur accorde l'aubergiste. Caignet apporte un vin de qualité qui fait le bonheur des trois hommes.

 

Caignet propose une partie de dés ce qu'accepte Rasoir. Pour miser, chacun puise dans le sac qui a été rempli lors du vol. Les dés sont lancés afin de savoir qui aura la main. La partie est animée car chacun craint une tricherie de la part de l'autre.

Chacun tente d'avoir un nombre plus grand que celui du voisin ; chacun surveille la façon dont l'autre jette les dés ; chacun discute autour de la partie en cours ; chacun discute au moment de prendre le gain… jusqu'au moment où Caignet appelle l'aubergiste. Il s'agit de mettre fin à la querelle entre Rasoir et Pincedé. L'aubergiste décide que l'argent sera remis dans le coffre par Cliquet. L'aubergiste propose alors "Or en prengne se part chascuns !" (i.e. "que maintenant chacun prenne sa part !"). Rasoir accepte pourvu que tous trois puissent dormir.

 

Dans le palais, le sénéchal s'éveille brusquement. Après avoir constaté que le trésor royal a disparu, le sénéchal se rend auprès du roi afin de l'en informer. Le roi est si surpris par cette nouvelle qu'il l'a fait répéter. Puisque le roi sait que la statue ne l'a pas préservé du vol, il demande à son sénéchal d'aller chercher le chrétien prisonnier et le geôlier.

 

Dès qu'ils se trouvent auprès du roi, ce dernier fait part de son mécontentement et demande à Durand "Cruel mort a sen cors destruire." (i.e. "une cruelle mort le détruire.").

Durand n'a pas plutôt annoncé qu'il le ferait "[…] en morant vivre / Deus jours, anchois que il parmuire" (i.e. "mourir et vivre tout ensemble pendant deux jours avant qu'il ne meure tout à fait") que le chrétien demande une journée de répit. Le roi accepte et l'homme est reconduit dans sa prison.

 

Quand il se retrouve dans la prison, le chrétien prie saint Nicolas de venir à son secours contre ce roi païen. Durand, qui l'entend prier, se moque de lui. Soudain, l'ange s'adresse au chrétien et lui annonce que saint Nicolas viendra l'aider pendant qu'il priera.

 

Dans la taverne, saint Nicolas s'adresse aux trois voleurs : "Maufaiteour, Dieu anemi, / Or sus ! Trop i avés dormi. / Pendu estes sans nul restor ! / Mar i emblastes le tresor, / Et l'ot mal l'a couveillié !" (i.e. "Larrons, ennemis de Dieu, debout ! Vous avez trop dormi. Vous êtes pendus sans rémission ! C'est pour votre malheur que vous avez dérobé le trésor, et le patron, il a eu tort de le détenir !").

Pincedé se réveille aussitôt se demandant ce qui se passe. Quand, enfin, il est totalement réveillé, saint Nicolas décline son identité et conseille aux trois hommes de rapporter le trésor là où ils l'ont pris et d'y remettre la statue dessus.

 

Pincedé demande à ses compagnons leur avis. Tous estiment qu'ils doivent obéir. L'aubergiste, qui partage leur avis, leur demande de quitter les lieux rapidement alors qu'il a trempé dans l'affaire, ce que lui rappelle d'ailleurs Pincedé.

 

Caignet chasse tout le monde de l'auberge et demande à Cliquet de régler sa note, ce qu'il fait.

 

Dans la rue, Pincedé se lamente de ce que le sort vient de leur réserver. Les trois larrons vont donc remettre le  trésor là où ils l'avaient trouvé et déposent la statue de saint Nicolas dessus.

 

De retour dans la rue, les trois compères acceptent le conseil de Cliquet : "Que chascuns voit hui mais par lui ; / Li quels que soit iert ëuerus." (i.e. " que chacun s'en aille aujourd'hui de son côté, et l'un de nous, quel qu'il soit, aura de la chance."). D'ailleurs tous trois ont déjà repéré un coup à faire. Ils s'en vont.

 

Dans le palais royal, le roi s'éveille et s'interroge sur le songe qu'il vient de faire. Il réveille le sénéchal qui a aussi fait un songe : le trésor était revenu "Et li sains Nicolais gist sus." (i.e. "et le saint Nicolas est couché dessus.").

 

Après avoir constaté le retour du trésor et de saint Nicolas, le roi, tout étonné, demande à ce que l'on aille chercher le chrétien. Le sénéchal obéit. Dans sa prison, il retrouve le chrétien que Durand regrette de ne pas avoir torturé. Ensemble, ils se rendent auprès du roi. Ce dernier questionne le chrétien : "Crois tu qu'i me puist desloier ? / Crois ru qu'il me puist renvoier / Mon tresor ? En iés tu si fers ?" (i.e. "Crois-tu qu'il puisse m'arracher à ma foi ? Crois-tu qu'il puisse me ramener mon trésor ? En es-tu si certain ?"). Le chrétien répond simplement oui.

 

Le roi déclare alors que son trésor est revenu et demande au chrétien d'aller chercher "[…] saint Nicolas ; / Son bon ferai sans contredit." (i.e. "saint Nicolas : je ferai sa volonté sans rien répliquer.").

 

Le chrétien remercie Dieu et le glorifie. Tout le monde accepte de se convertir sauf l'émir d'Outre l'Arbre Sec mais il finit par y être forcé : "Saint Nicolais, c'est maugré mien / Que je vous aoure, et par forche. / De moi n'arés vous fors l'escorche : /Par parole devieng vostre hom, / Mais li creanche est en Mahom." (i.e. "Saint Nicolas, c'est malgré moi que je vous prie : j'y suis forcé. De moi vous n'aurez que l'écorce : en parole je deviens votre vassal, mais ma foi demeure en Mahomet.").

 

Le dieu Tervagan est jeté hors du temple.

Le roi demande le baptême le plus rapidement possible. Le chrétien fait aussitôt chanter le Te Deum laudamus.

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 09:41

Source

Cette pièce de théâtre fut jouée le 5 décembre des années 1200.

 

Le jeu est ici à prendre dans tous les sens du terme, puisque dans Le Jeu de saint Nicolas tout le monde joue ! Les personnages jouent aux dés tandis que l'auteur, Jean Bodel, joue avec les mots, les rythmes, l'actualité (même si la plupart des allusions que compte la pièce demeurent obscures). L'auteur utilise l'alexandrin, le décasyllabe et l'octosyllabe.

 

Nous comptons trois temps dans cette pièce. Le premier est celui de la mise à l'épreuve de la statue de saint Nicolas par un trésor confié. Le deuxième est celui du trésor volé et le troisième est les conséquences de ce vol. Ce dernier temps se partage en quatre temps :

- la réaction du prince dont le trésor a été dérobé.

- l'intervention de saint Nicolas.

- la restitution du trésor.

- la conversion au christianisme des Sarrasins.

 

Dans cette pièce, nous retrouvons des thèmes déjà présents dans les chansons de gestes à savoir le couple roi et sénéchal ainsi que la bataille et la défaite des chrétiens.

 

En Ancien Français, le titre de la pièce est C'est li Jus de saint Nicholai. Ce titre peut se comprendre de deux façons. Il s'agit à la fois  du jeu dont le sujet est saint Nicolas et du jeu conduit par saint Nicolas.

Nous pouvons aussi nous poser la question au sujet du "jus", évoque-t-il aussi le jus de la vigne puisque le vin occupe une place centrale dans la pièce ?

 

Ajoutons, enfin, que la bipolarisation, issue des œuvres liturgiques (qui utilisent le latin et le français), est aussi présente dans la ville d'Arras. Au Moyen Âge, Arras est partagée entre la Cité (i.e. ville antique) et la Ville (i.e. ville carolingienne).

 

Dans cette pièce, le lecteur découvre que frauder sur la qualité du vin n'est pas de notre temps. Il apprend aussi que la taverne est le lieu où l'on joue, l'on triche, l'on boit et l'on vole…

 

Cette pièce ne nous a été conservée que dans un seul manuscrit qui appartient à la collection La Vallière.

 

En fin d'ouvrage, vous trouverez aussi quelques documents annexes comme un court résumé de la pièce, un extrait de La Légende dorée de Voraigne, le texte en latin du Jeu de saint Nicolas par Hilaire accompagné de sa traduction et, entre autres, quelques explications sur les parties de dés.

 

LA PIÈCE

 

Les personnages dans l'ordre d'entrée en scène :

Le prêcheur

Auberon, courrier du roi d'Afrique

Le roi d'Afrique

Le sénéchal du roi d'Afrique

Connard, le crieur du roi et des échevins de la Cité

L'aubergiste ou le patron

Cliquet, l'un des trois voleurs

L'émir de Konieh

L'émir d'Orkenie

L'émir d'Oliferne

L'émir d'Outre l'Arbre Sec

Les chevaliers chrétiens

Un premier chevalier chrétien

Un deuxième chevalier chrétien

Un troisième chevalier chrétien

Un jeune chevalier chrétien

L'ange

Le prud'homme (le saint homme)

Durand, le geôlier du roi

Caignet, le valet de l'aubergiste

Raoul ou Raoulet, le jeune crieur des hommes de la Ville

Pincedé, l'un des trois voleurs

Rasoir, l'un des trois voleurs

Saint Nicolas

Tervagan, dieu païen

 

 

Le prêcheur invite "seigneur et dames" à écouter l'histoire de saint Nicolas.

Autrefois, un roi païen, voisin des chrétiens, attaqua une fois encore mais par surprise les chrétiens. Les païens furent rapidement vainqueurs

Dans une chapelle, les païens aperçurent "ourer un preudhomme d'eage/ A genous devant une ymage/ De saint Nicolai le baron" (i.e. "un homme bon d'un certain âge qui priait à genoux devant une statue du grand saint Nicolas."). Ils le capturèrent avec la statue et l'emmenèrent auprès de leur roi.

Le roi païen apprend de la bouche du vieil homme que la statue de bois, image de saint Nicolas, était, entre autres, un "[…] si bonne garde eslite/ Que il monteploie et pourfite/ Canque on li commande a garder." (i.e. "si bon gardien qu'il multiplie et accroît tout ce dont on lui confie la garde.").

Le roi païen menaça le vieil homme de supplice si la statue à qui il allait confier son trésor, ne faisait ce que l'homme avait dit. À peine eut-il confié son trésor à la statue que trois larrons l'apprirent. Ils volèrent nuitamment le trésor.

Dès que le roi païen eut constaté le vol, il convoqua le vieil homme qu'il avait fait jeter en prison. Le roi païen fit interroger le vieil homme puis laissa ceux, qui étaient présents, le malmener.

Le vieil homme demanda un délai, qui fut accordé. La nuit venue, il pria dans sa prison. Saint Nicolas se rendit auprès des voleurs à qui il ordonna de restituer le trésor et de placer la statue dessus.

Quand le roi païen constata que son trésor était revenu, il demanda à ce qu'on lui amenât le vieil homme sans le tourmenter. Ensuite, il se fit baptiser avec tous ses hommes. "Preudom fu et bons crestïens ; / Ainc puis n'ot de mal faire envie." (i.e. "Il fut un homme de bien et un bon chrétien : jamais depuis il n'eut envie de faire le mal.").

 

"Del miracle saint Nicolai / Est chis jeus fais et estorés. / Or nous faites pais, si l'orrés." (i.e. "C'est du miracle de saint Nicolas que ce jeu est composé et constitué. Faites donc silence pour nous, et vous l'entendrez.").

 

Dans le palais du roi d'Afrique, adepte de Mahomet, Auberon, le courrier du roi, vient annoncer que les chrétiens sont entrés sur ses terres et ont déjà commencé à détruire le pays.

Le roi, contrarié, apostrophe Tervagan, l'un de ses dieux, lui reprochant son inaction.

Le sénéchal, alors présent, reproche au roi, ses propos déplacés et l'invite à se rendre en sa compagnie auprès de Tervagan "prier qu'il ait pardon de nous" (i.e. "pour le prier de nous pardonner.").

Le roi accepte et tous deux se rendent auprès de Tervagan. Là, le roi païen bat sa coulpe et demande l'aide de son dieu afin de faire face à l'invasion des chrétiens. Puis il attend un signe de Tervagan : "Se je doi gaagnier, si ri, / Et si je doi perdre, si pleure." (i.e. "si je dois gagner, ris, et si je dois perdre, pleure."). Or  Tervagan rit et pleure. C'est pourquoi le roi demande au sénéchal une interprétation, mais ce dernier hésite. Le roi l'ayant assuré que rien ne lui arriverait, le sénéchal propose cette interprétation. Tervagan a ri car le roi allait vaincre les  chrétiens, il a pleuré car le roi l'allait abandonner. Cette réponse irrite fortement le roi qui demande à ce que son armée soit convoquée.

 

Le sénéchal charge le crieur du roi, Connard [ce qui signifie "sot"] de crier le ban, ce que fait Connard aussitôt. Tout le monde doit venir auprès du roi d'Afrique muni de ses armes.

 

Dans le palais, le roi demande à Auberon d'aller convoquer Géant et Cananéens afin qu'ils l'aident puisque "[…] par crétïens ma loys dechiet et pert." (i.e. "par le fait des chrétiens, [sa] religion déchoit et dépérit.").

 

À l'auberge, l'aubergiste vante aux chalands les mérites de  ce qu'il propose à boire et à manger. Auberon demande une pinte de vin mais au moment de la régler, Auberon conteste le prix. Toutefois, il devra se plier, et ce, d'autant plus que Cliquet [ce qui signifie "clenches, loquets" ; ce personnage est un spécialiste des serrures] s'en mêle. Cependant afin de régler la note, Auberon la joue aux dés avec Cliquet. Ce dernier ayant perdu, Cliquet devra régler la note.

 

Auberon se rend auprès de chacun des émirs et réussit à obtenir d'eux l'aide désirée. Des armées viendront donc au secours du roi d'Afrique.

De retour au palais, Auberon annonce au roi qu'il est parvenu à rassembler les émirs à sa cause.

 

Chacun des émirs se présente au roi. Les émirs offrent des présents ainsi que leurs services. L'émir d'Outre l'Arbre Sec [selon Marco Polo, l'arbre sec est un platane ; deux traditions existent. L'une veut que lors du décès du Christ, l'arbre, qui se trouvait près d'Ébron, se serait desséché. La seconde rapporte qu'un prince chrétien ferait chanter la messe sous l'Arbre Sec qui reverdirait. Ce miracle provoquerait la conversion des païens et des juifs.] ne peut pas offrir de richesses car il n'y a pas de monnaie dans son pays.

 

Le sénéchal dit au roi que ses barons étant présents, ils peuvent guerroyer. Ayant reçu l'ordre, les émirs se rendent sur le champ de bataille.

Alors qu'ils doivent combattre, les chrétiens appellent Dieu en aide, car ils se savent moins nombreux que l'ennemi. Toutefois, ils sont déterminés à faire la guerre.

Un ange leur apparaît alors et leur dit  d'être "creans / En dieu" (i.e. ""confiants en Dieu."), mais l'ange n'est pas reconnu par ces hommes, c'est pourquoi, il doit expliquer qui il est. "Angles sui a Dieu" (i.e. "Je suis un ange de Dieu") envoyé pour annoncer que leur lutte sera récompensée par Dieu.

 

L'émir de Konieh, le plus ancien parmi tous les émirs, demande à ce que tous les chrétiens soient tués. Il est obéi. Tous les chrétiens sont massacrés sauf un : "[…] un grant vilain kenu, / S'aoure un mahommet cornu." (i.e. "un grand rustaud chenu qui adore un fétiche cornu."). L'homme est conduit auprès du roi avec la statue.

 

L'ange apparaît à ce chrétien et lui déclare que ceux qui servent Dieu pleinement seront toujours récompensés. Le chrétien, quant à lui, adresse une prière à saint Nicolas. L'ange rassure le chrétien et lui demande de faire confiance à Dieu puis à saint Nicolas.

 

Dans le palais, l'émir de Konieh annonce au roi qu'ils ont vaincu les chrétiens dont les cadavres jonchent le sol sur quatre lieues. Le roi les remercie et leur demande qui est "che vilain a l'aumuche" (i.e. "ce rustaud au capuchon."). L'émir d'Orkenie explique qu'ils ont trouvé cet homme en train de prier "A jointes mains et en plourant, / Devant sen cornu mahommet." (i.e. "les mains jointes, en pleurs, devant son fétiche cornu.").

Le roi demande à ce chrétien quelles sont ses croyances. Ce dernier répond  qu'il croit en cette statue et au saint qu'elle représente. Saint Nicolas peut, en effet, protéger tout bien mis sous sa garde. Le roi annonce aussitôt que "nicolais iert esprouvés" (i.e. "Nicolas sera mis à l'épreuve."). Celui-ci se verra confier le trésor du roi. Si jamais quelque chose venait à manquer, le chrétien serait brûlé ou roué.

 

Le roi ordonne au sénéchal de conduire le chrétien auprès de Durand [à prendre avec le sens de "le dur", "le coriace". Ce nom est très répandu à Arras à cette époque], qui est à la fois le bourreau et le gardien de prison.

Durand annonce au chrétien ce qui l'attend, mais l'ange demande au chrétien de croire fermement car il aura le secours de saint Nicolas et il verra la conversion du roi et de ses hommes dans la foi chrétienne.

 

Le sénéchal annonce au roi qu'il a été obéi. Il doit, sur ordre du roi, exposer au grand jour tous ses trésors sous la seule surveillance de la statue de saint Nicolas placé dessus.

Une fois cela accomplit, le roi déclare à son sénéchal qu'il doit faire proclamer que le trésor n'est sous la garde d'aucun soldat.

Connard, le crieur, est aussitôt chargé d'annoncer publiquement que selon la volonté du roi, son trésor est désormais sous la seule surveillance d'un fétiche cornu qui ne bouge pas. Les voleurs feront ce qu'ils souhaitent.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 09:41

Source

Cette pièce de théâtre fut jouée le 5 décembre des années 1200.

 

Le jeu est ici à prendre dans tous les sens du terme, puisque dans Le Jeu de saint Nicolas tout le monde joue ! Les personnages jouent aux dés tandis que l'auteur, Jean Bodel, joue avec les mots, les rythmes, l'actualité (même si la plupart des allusions que compte la pièce demeurent obscures). L'auteur utilise l'alexandrin, le décasyllabe et l'octosyllabe.

 

Nous comptons trois temps dans cette pièce. Le premier est celui de la mise à l'épreuve de la statue de saint Nicolas par un trésor confié. Le deuxième est celui du trésor volé et le troisième est les conséquences de ce vol. Ce dernier temps se partage en quatre temps :

- la réaction du prince dont le trésor a été dérobé.

- l'intervention de saint Nicolas.

- la restitution du trésor.

- la conversion au christianisme des Sarrasins.

 

Dans cette pièce, nous retrouvons des thèmes déjà présents dans les chansons de gestes à savoir le couple roi et sénéchal ainsi que la bataille et la défaite des chrétiens.

 

En Ancien Français, le titre de la pièce est C'est li Jus de saint Nicholai. Ce titre peut se comprendre de deux façons. Il s'agit à la fois  du jeu dont le sujet est saint Nicolas et du jeu conduit par saint Nicolas.

Nous pouvons aussi nous poser la question au sujet du "jus", évoque-t-il aussi le jus de la vigne puisque le vin occupe une place centrale dans la pièce ?

 

Ajoutons, enfin, que la bipolarisation, issue des œuvres liturgiques (qui utilisent le latin et le français), est aussi présente dans la ville d'Arras. Au Moyen Âge, Arras est partagée entre la Cité (i.e. ville antique) et la Ville (i.e. ville carolingienne).

 

Dans cette pièce, le lecteur découvre que frauder sur la qualité du vin n'est pas de notre temps. Il apprend aussi que la taverne est le lieu où l'on joue, l'on triche, l'on boit et l'on vole…

 

Cette pièce ne nous a été conservée que dans un seul manuscrit qui appartient à la collection La Vallière.

 

En fin d'ouvrage, vous trouverez aussi quelques documents annexes comme un court résumé de la pièce, un extrait de La Légende dorée de Voraigne, le texte en latin du Jeu de saint Nicolas par Hilaire accompagné de sa traduction et, entre autres, quelques explications sur les parties de dés.

 

LA PIÈCE

 

Les personnages dans l'ordre d'entrée en scène :

Le prêcheur

Auberon, courrier du roi d'Afrique

Le roi d'Afrique

Le sénéchal du roi d'Afrique

Connard, le crieur du roi et des échevins de la Cité

L'aubergiste ou le patron

Cliquet, l'un des trois voleurs

L'émir de Konieh

L'émir d'Orkenie

L'émir d'Oliferne

L'émir d'Outre l'Arbre Sec

Les chevaliers chrétiens

Un premier chevalier chrétien

Un deuxième chevalier chrétien

Un troisième chevalier chrétien

Un jeune chevalier chrétien

L'ange

Le prud'homme (le saint homme)

Durand, le geôlier du roi

Caignet, le valet de l'aubergiste

Raoul ou Raoulet, le jeune crieur des hommes de la Ville

Pincedé, l'un des trois voleurs

Rasoir, l'un des trois voleurs

Saint Nicolas

Tervagan, dieu païen

 

 

Le prêcheur invite "seigneur et dames" à écouter l'histoire de saint Nicolas.

Autrefois, un roi païen, voisin des chrétiens, attaqua une fois encore mais par surprise les chrétiens. Les païens furent rapidement vainqueurs

Dans une chapelle, les païens aperçurent "ourer un preudhomme d'eage/ A genous devant une ymage/ De saint Nicolai le baron" (i.e. "un homme bon d'un certain âge qui priait à genoux devant une statue du grand saint Nicolas."). Ils le capturèrent avec la statue et l'emmenèrent auprès de leur roi.

Le roi païen apprend de la bouche du vieil homme que la statue de bois, image de saint Nicolas, était, entre autres, un "[…] si bonne garde eslite/ Que il monteploie et pourfite/ Canque on li commande a garder." (i.e. "si bon gardien qu'il multiplie et accroît tout ce dont on lui confie la garde.").

Le roi païen menaça le vieil homme de supplice si la statue à qui il allait confier son trésor, ne faisait ce que l'homme avait dit. À peine eut-il confié son trésor à la statue que trois larrons l'apprirent. Ils volèrent nuitamment le trésor.

Dès que le roi païen eut constaté le vol, il convoqua le vieil homme qu'il avait fait jeter en prison. Le roi païen fit interroger le vieil homme puis laissa ceux, qui étaient présents, le malmener.

Le vieil homme demanda un délai, qui fut accordé. La nuit venue, il pria dans sa prison. Saint Nicolas se rendit auprès des voleurs à qui il ordonna de restituer le trésor et de placer la statue dessus.

Quand le roi païen constata que son trésor était revenu, il demanda à ce qu'on lui amenât le vieil homme sans le tourmenter. Ensuite, il se fit baptiser avec tous ses hommes. "Preudom fu et bons crestïens ; / Ainc puis n'ot de mal faire envie." (i.e. "Il fut un homme de bien et un bon chrétien : jamais depuis il n'eut envie de faire le mal.").

 

"Del miracle saint Nicolai / Est chis jeus fais et estorés. / Or nous faites pais, si l'orrés." (i.e. "C'est du miracle de saint Nicolas que ce jeu est composé et constitué. Faites donc silence pour nous, et vous l'entendrez.").

 

Dans le palais du roi d'Afrique, adepte de Mahomet, Auberon, le courrier du roi, vient annoncer que les chrétiens sont entrés sur ses terres et ont déjà commencé à détruire le pays.

Le roi, contrarié, apostrophe Tervagan, l'un de ses dieux, lui reprochant son inaction.

Le sénéchal, alors présent, reproche au roi, ses propos déplacés et l'invite à se rendre en sa compagnie auprès de Tervagan "prier qu'il ait pardon de nous" (i.e. "pour le prier de nous pardonner.").

Le roi accepte et tous deux se rendent auprès de Tervagan. Là, le roi païen bat sa coulpe et demande l'aide de son dieu afin de faire face à l'invasion des chrétiens. Puis il attend un signe de Tervagan : "Se je doi gaagnier, si ri, / Et si je doi perdre, si pleure." (i.e. "si je dois gagner, ris, et si je dois perdre, pleure."). Or  Tervagan rit et pleure. C'est pourquoi le roi demande au sénéchal une interprétation, mais ce dernier hésite. Le roi l'ayant assuré que rien ne lui arriverait, le sénéchal propose cette interprétation. Tervagan a ri car le roi allait vaincre les  chrétiens, il a pleuré car le roi l'allait abandonner. Cette réponse irrite fortement le roi qui demande à ce que son armée soit convoquée.

 

Le sénéchal charge le crieur du roi, Connard [ce qui signifie "sot"] de crier le ban, ce que fait Connard aussitôt. Tout le monde doit venir auprès du roi d'Afrique muni de ses armes.

 

Dans le palais, le roi demande à Auberon d'aller convoquer Géant et Cananéens afin qu'ils l'aident puisque "[…] par crétïens ma loys dechiet et pert." (i.e. "par le fait des chrétiens, [sa] religion déchoit et dépérit.").

 

À l'auberge, l'aubergiste vante aux chalands les mérites de  ce qu'il propose à boire et à manger. Auberon demande une pinte de vin mais au moment de la régler, Auberon conteste le prix. Toutefois, il devra se plier, et ce, d'autant plus que Cliquet [ce qui signifie "clenches, loquets" ; ce personnage est un spécialiste des serrures] s'en mêle. Cependant afin de régler la note, Auberon la joue aux dés avec Cliquet. Ce dernier ayant perdu, Cliquet devra régler la note.

 

Auberon se rend auprès de chacun des émirs et réussit à obtenir d'eux l'aide désirée. Des armées viendront donc au secours du roi d'Afrique.

De retour au palais, Auberon annonce au roi qu'il est parvenu à rassembler les émirs à sa cause.

 

Chacun des émirs se présente au roi. Les émirs offrent des présents ainsi que leurs services. L'émir d'Outre l'Arbre Sec [selon Marco Polo, l'arbre sec est un platane ; deux traditions existent. L'une veut que lors du décès du Christ, l'arbre, qui se trouvait près d'Ébron, se serait desséché. La seconde rapporte qu'un prince chrétien ferait chanter la messe sous l'Arbre Sec qui reverdirait. Ce miracle provoquerait la conversion des païens et des juifs.] ne peut pas offrir de richesses car il n'y a pas de monnaie dans son pays.

 

Le sénéchal dit au roi que ses barons étant présents, ils peuvent guerroyer. Ayant reçu l'ordre, les émirs se rendent sur le champ de bataille.

Alors qu'ils doivent combattre, les chrétiens appellent Dieu en aide, car ils se savent moins nombreux que l'ennemi. Toutefois, ils sont déterminés à faire la guerre.

Un ange leur apparaît alors et leur dit  d'être "creans / En dieu" (i.e. ""confiants en Dieu."), mais l'ange n'est pas reconnu par ces hommes, c'est pourquoi, il doit expliquer qui il est. "Angles sui a Dieu" (i.e. "Je suis un ange de Dieu") envoyé pour annoncer que leur lutte sera récompensée par Dieu.

 

L'émir de Konieh, le plus ancien parmi tous les émirs, demande à ce que tous les chrétiens soient tués. Il est obéi. Tous les chrétiens sont massacrés sauf un : "[…] un grant vilain kenu, / S'aoure un mahommet cornu." (i.e. "un grand rustaud chenu qui adore un fétiche cornu."). L'homme est conduit auprès du roi avec la statue.

 

L'ange apparaît à ce chrétien et lui déclare que ceux qui servent Dieu pleinement seront toujours récompensés. Le chrétien, quant à lui, adresse une prière à saint Nicolas. L'ange rassure le chrétien et lui demande de faire confiance à Dieu puis à saint Nicolas.

 

Dans le palais, l'émir de Konieh annonce au roi qu'ils ont vaincu les chrétiens dont les cadavres jonchent le sol sur quatre lieues. Le roi les remercie et leur demande qui est "che vilain a l'aumuche" (i.e. "ce rustaud au capuchon."). L'émir d'Orkenie explique qu'ils ont trouvé cet homme en train de prier "A jointes mains et en plourant, / Devant sen cornu mahommet." (i.e. "les mains jointes, en pleurs, devant son fétiche cornu.").

Le roi demande à ce chrétien quelles sont ses croyances. Ce dernier répond  qu'il croit en cette statue et au saint qu'elle représente. Saint Nicolas peut, en effet, protéger tout bien mis sous sa garde. Le roi annonce aussitôt que "nicolais iert esprouvés" (i.e. "Nicolas sera mis à l'épreuve."). Celui-ci se verra confier le trésor du roi. Si jamais quelque chose venait à manquer, le chrétien serait brûlé ou roué.

 

Le roi ordonne au sénéchal de conduire le chrétien auprès de Durand [à prendre avec le sens de "le dur", "le coriace". Ce nom est très répandu à Arras à cette époque], qui est à la fois le bourreau et le gardien de prison.

Durand annonce au chrétien ce qui l'attend, mais l'ange demande au chrétien de croire fermement car il aura le secours de saint Nicolas et il verra la conversion du roi et de ses hommes dans la foi chrétienne.

 

Le sénéchal annonce au roi qu'il a été obéi. Il doit, sur ordre du roi, exposer au grand jour tous ses trésors sous la seule surveillance de la statue de saint Nicolas placé dessus.

Une fois cela accomplit, le roi déclare à son sénéchal qu'il doit faire proclamer que le trésor n'est sous la garde d'aucun soldat.

Connard, le crieur, est aussitôt chargé d'annoncer publiquement que selon la volonté du roi, son trésor est désormais sous la seule surveillance d'un fétiche cornu qui ne bouge pas. Les voleurs feront ce qu'ils souhaitent.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 09:41

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Cette pièce de théâtre fut jouée le 5 décembre des années 1200.

 

Le jeu est ici à prendre dans tous les sens du terme, puisque dans Le Jeu de saint Nicolas tout le monde joue ! Les personnages jouent aux dés tandis que l'auteur, Jean Bodel, joue avec les mots, les rythmes, l'actualité (même si la plupart des allusions que compte la pièce demeurent obscures). L'auteur utilise l'alexandrin, le décasyllabe et l'octosyllabe.

 

Nous comptons trois temps dans cette pièce. Le premier est celui de la mise à l'épreuve de la statue de saint Nicolas par un trésor confié. Le deuxième est celui du trésor volé et le troisième est les conséquences de ce vol. Ce dernier temps se partage en quatre temps :

- la réaction du prince dont le trésor a été dérobé.

- l'intervention de saint Nicolas.

- la restitution du trésor.

- la conversion au christianisme des Sarrasins.

 

Dans cette pièce, nous retrouvons des thèmes déjà présents dans les chansons de gestes à savoir le couple roi et sénéchal ainsi que la bataille et la défaite des chrétiens.

 

En Ancien Français, le titre de la pièce est C'est li Jus de saint Nicholai. Ce titre peut se comprendre de deux façons. Il s'agit à la fois  du jeu dont le sujet est saint Nicolas et du jeu conduit par saint Nicolas.

Nous pouvons aussi nous poser la question au sujet du "jus", évoque-t-il aussi le jus de la vigne puisque le vin occupe une place centrale dans la pièce ?

 

Ajoutons, enfin, que la bipolarisation, issue des œuvres liturgiques (qui utilisent le latin et le français), est aussi présente dans la ville d'Arras. Au Moyen Âge, Arras est partagée entre la Cité (i.e. ville antique) et la Ville (i.e. ville carolingienne).

 

Dans cette pièce, le lecteur découvre que frauder sur la qualité du vin n'est pas de notre temps. Il apprend aussi que la taverne est le lieu où l'on joue, l'on triche, l'on boit et l'on vole…

 

Cette pièce ne nous a été conservée que dans un seul manuscrit qui appartient à la collection La Vallière.

 

En fin d'ouvrage, vous trouverez aussi quelques documents annexes comme un court résumé de la pièce, un extrait de La Légende dorée de Voraigne, le texte en latin du Jeu de saint Nicolas par Hilaire accompagné de sa traduction et, entre autres, quelques explications sur les parties de dés.

 

LA PIÈCE

 

Les personnages dans l'ordre d'entrée en scène :

Le prêcheur

Auberon, courrier du roi d'Afrique

Le roi d'Afrique

Le sénéchal du roi d'Afrique

Connard, le crieur du roi et des échevins de la Cité

L'aubergiste ou le patron

Cliquet, l'un des trois voleurs

L'émir de Konieh

L'émir d'Orkenie

L'émir d'Oliferne

L'émir d'Outre l'Arbre Sec

Les chevaliers chrétiens

Un premier chevalier chrétien

Un deuxième chevalier chrétien

Un troisième chevalier chrétien

Un jeune chevalier chrétien

L'ange

Le prud'homme (le saint homme)

Durand, le geôlier du roi

Caignet, le valet de l'aubergiste

Raoul ou Raoulet, le jeune crieur des hommes de la Ville

Pincedé, l'un des trois voleurs

Rasoir, l'un des trois voleurs

Saint Nicolas

Tervagan, dieu païen

 

 

Le prêcheur invite "seigneur et dames" à écouter l'histoire de saint Nicolas.

Autrefois, un roi païen, voisin des chrétiens, attaqua une fois encore mais par surprise les chrétiens. Les païens furent rapidement vainqueurs

Dans une chapelle, les païens aperçurent "ourer un preudhomme d'eage/ A genous devant une ymage/ De saint Nicolai le baron" (i.e. "un homme bon d'un certain âge qui priait à genoux devant une statue du grand saint Nicolas."). Ils le capturèrent avec la statue et l'emmenèrent auprès de leur roi.

Le roi païen apprend de la bouche du vieil homme que la statue de bois, image de saint Nicolas, était, entre autres, un "[…] si bonne garde eslite/ Que il monteploie et pourfite/ Canque on li commande a garder." (i.e. "si bon gardien qu'il multiplie et accroît tout ce dont on lui confie la garde.").

Le roi païen menaça le vieil homme de supplice si la statue à qui il allait confier son trésor, ne faisait ce que l'homme avait dit. À peine eut-il confié son trésor à la statue que trois larrons l'apprirent. Ils volèrent nuitamment le trésor.

Dès que le roi païen eut constaté le vol, il convoqua le vieil homme qu'il avait fait jeter en prison. Le roi païen fit interroger le vieil homme puis laissa ceux, qui étaient présents, le malmener.

Le vieil homme demanda un délai, qui fut accordé. La nuit venue, il pria dans sa prison. Saint Nicolas se rendit auprès des voleurs à qui il ordonna de restituer le trésor et de placer la statue dessus.

Quand le roi païen constata que son trésor était revenu, il demanda à ce qu'on lui amenât le vieil homme sans le tourmenter. Ensuite, il se fit baptiser avec tous ses hommes. "Preudom fu et bons crestïens ; / Ainc puis n'ot de mal faire envie." (i.e. "Il fut un homme de bien et un bon chrétien : jamais depuis il n'eut envie de faire le mal.").

 

"Del miracle saint Nicolai / Est chis jeus fais et estorés. / Or nous faites pais, si l'orrés." (i.e. "C'est du miracle de saint Nicolas que ce jeu est composé et constitué. Faites donc silence pour nous, et vous l'entendrez.").

 

Dans le palais du roi d'Afrique, adepte de Mahomet, Auberon, le courrier du roi, vient annoncer que les chrétiens sont entrés sur ses terres et ont déjà commencé à détruire le pays.

Le roi, contrarié, apostrophe Tervagan, l'un de ses dieux, lui reprochant son inaction.

Le sénéchal, alors présent, reproche au roi, ses propos déplacés et l'invite à se rendre en sa compagnie auprès de Tervagan "prier qu'il ait pardon de nous" (i.e. "pour le prier de nous pardonner.").

Le roi accepte et tous deux se rendent auprès de Tervagan. Là, le roi païen bat sa coulpe et demande l'aide de son dieu afin de faire face à l'invasion des chrétiens. Puis il attend un signe de Tervagan : "Se je doi gaagnier, si ri, / Et si je doi perdre, si pleure." (i.e. "si je dois gagner, ris, et si je dois perdre, pleure."). Or  Tervagan rit et pleure. C'est pourquoi le roi demande au sénéchal une interprétation, mais ce dernier hésite. Le roi l'ayant assuré que rien ne lui arriverait, le sénéchal propose cette interprétation. Tervagan a ri car le roi allait vaincre les  chrétiens, il a pleuré car le roi l'allait abandonner. Cette réponse irrite fortement le roi qui demande à ce que son armée soit convoquée.

 

Le sénéchal charge le crieur du roi, Connard [ce qui signifie "sot"] de crier le ban, ce que fait Connard aussitôt. Tout le monde doit venir auprès du roi d'Afrique muni de ses armes.

 

Dans le palais, le roi demande à Auberon d'aller convoquer Géant et Cananéens afin qu'ils l'aident puisque "[…] par crétïens ma loys dechiet et pert." (i.e. "par le fait des chrétiens, [sa] religion déchoit et dépérit.").

 

À l'auberge, l'aubergiste vante aux chalands les mérites de  ce qu'il propose à boire et à manger. Auberon demande une pinte de vin mais au moment de la régler, Auberon conteste le prix. Toutefois, il devra se plier, et ce, d'autant plus que Cliquet [ce qui signifie "clenches, loquets" ; ce personnage est un spécialiste des serrures] s'en mêle. Cependant afin de régler la note, Auberon la joue aux dés avec Cliquet. Ce dernier ayant perdu, Cliquet devra régler la note.

 

Auberon se rend auprès de chacun des émirs et réussit à obtenir d'eux l'aide désirée. Des armées viendront donc au secours du roi d'Afrique.

De retour au palais, Auberon annonce au roi qu'il est parvenu à rassembler les émirs à sa cause.

 

Chacun des émirs se présente au roi. Les émirs offrent des présents ainsi que leurs services. L'émir d'Outre l'Arbre Sec [selon Marco Polo, l'arbre sec est un platane ; deux traditions existent. L'une veut que lors du décès du Christ, l'arbre, qui se trouvait près d'Ébron, se serait desséché. La seconde rapporte qu'un prince chrétien ferait chanter la messe sous l'Arbre Sec qui reverdirait. Ce miracle provoquerait la conversion des païens et des juifs.] ne peut pas offrir de richesses car il n'y a pas de monnaie dans son pays.

 

Le sénéchal dit au roi que ses barons étant présents, ils peuvent guerroyer. Ayant reçu l'ordre, les émirs se rendent sur le champ de bataille.

Alors qu'ils doivent combattre, les chrétiens appellent Dieu en aide, car ils se savent moins nombreux que l'ennemi. Toutefois, ils sont déterminés à faire la guerre.

Un ange leur apparaît alors et leur dit  d'être "creans / En dieu" (i.e. ""confiants en Dieu."), mais l'ange n'est pas reconnu par ces hommes, c'est pourquoi, il doit expliquer qui il est. "Angles sui a Dieu" (i.e. "Je suis un ange de Dieu") envoyé pour annoncer que leur lutte sera récompensée par Dieu.

 

L'émir de Konieh, le plus ancien parmi tous les émirs, demande à ce que tous les chrétiens soient tués. Il est obéi. Tous les chrétiens sont massacrés sauf un : "[…] un grant vilain kenu, / S'aoure un mahommet cornu." (i.e. "un grand rustaud chenu qui adore un fétiche cornu."). L'homme est conduit auprès du roi avec la statue.

 

L'ange apparaît à ce chrétien et lui déclare que ceux qui servent Dieu pleinement seront toujours récompensés. Le chrétien, quant à lui, adresse une prière à saint Nicolas. L'ange rassure le chrétien et lui demande de faire confiance à Dieu puis à saint Nicolas.

 

Dans le palais, l'émir de Konieh annonce au roi qu'ils ont vaincu les chrétiens dont les cadavres jonchent le sol sur quatre lieues. Le roi les remercie et leur demande qui est "che vilain a l'aumuche" (i.e. "ce rustaud au capuchon."). L'émir d'Orkenie explique qu'ils ont trouvé cet homme en train de prier "A jointes mains et en plourant, / Devant sen cornu mahommet." (i.e. "les mains jointes, en pleurs, devant son fétiche cornu.").

Le roi demande à ce chrétien quelles sont ses croyances. Ce dernier répond  qu'il croit en cette statue et au saint qu'elle représente. Saint Nicolas peut, en effet, protéger tout bien mis sous sa garde. Le roi annonce aussitôt que "nicolais iert esprouvés" (i.e. "Nicolas sera mis à l'épreuve."). Celui-ci se verra confier le trésor du roi. Si jamais quelque chose venait à manquer, le chrétien serait brûlé ou roué.

 

Le roi ordonne au sénéchal de conduire le chrétien auprès de Durand [à prendre avec le sens de "le dur", "le coriace". Ce nom est très répandu à Arras à cette époque], qui est à la fois le bourreau et le gardien de prison.

Durand annonce au chrétien ce qui l'attend, mais l'ange demande au chrétien de croire fermement car il aura le secours de saint Nicolas et il verra la conversion du roi et de ses hommes dans la foi chrétienne.

 

Le sénéchal annonce au roi qu'il a été obéi. Il doit, sur ordre du roi, exposer au grand jour tous ses trésors sous la seule surveillance de la statue de saint Nicolas placé dessus.

Une fois cela accomplit, le roi déclare à son sénéchal qu'il doit faire proclamer que le trésor n'est sous la garde d'aucun soldat.

Connard, le crieur, est aussitôt chargé d'annoncer publiquement que selon la volonté du roi, son trésor est désormais sous la seule surveillance d'un fétiche cornu qui ne bouge pas. Les voleurs feront ce qu'ils souhaitent.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 11:00

Les Vies des troubadours, 10/18, Coll. Bibliothèque médiévale, 1985

 

Conservés dans les anthologies de chansons de ces poètes, ces textes, écrits en prose, ont été rédigé entre le XIII e siècle et le XV e siècle.

 

Ces vidas (vies) sont, en quelque sorte, les premières ébauches de biographie littéraire composée en langue romane. Sur les cent dix vidas que nous avons conservées, deux seulement peuvent être attribuées à un auteur.

 

Chaque texte raconte, en une quinzaine de lignes, les événements les plus marquants de la vie de l'auteur. Souvent le compositeur de ces vidas a puisé ses renseignements dans les poèmes du troubadour. C'est pourquoi, l'amour et la vassalité tiennent une place importante dans ces courts textes. Toutefois, les destins des troubadours qui font l'objet de vidas sont multiples. Ainsi la biographie du poète Bertran de Born évoque les intrigues politiques fomentées par le poète à la cour des Plantagenets. Parfois, des explications sont données quant au nom choisi par le troubadour.

 

Si ces vidas sont proches des vitae latines, elles sont différentes des vies de Saints qui ont été rédigées depuis le début du Moyen Âge.

 

Comprises aussi dans les cours espagnols qu'italiennes – où la langue d'oc était entendue et employée par des poètes nés en Italie-, ces vidas devinrent à partir du XIV  e siècle, un véritable genre littéraire, des espèces de courtes nouvelles.

 

L'ouvrage, dont les textes ont été réunis et traduits par Margarita Egan, propose les vidas de soixante et un auteurs. Classés par ordre alphabétiques, les récits sont donnés dans la langue originelle sur la page de gauche et en traduction sur la page de droite.

 

Voici les noms de quelques écrivains dont vous trouverez les vidas :

Aimar le Noir

Albertet Cailla

Alphonse d'Aragon

Arnaut de Marueil

Comtesse de Die

Elias de Barjols

Folquet de Marseille

Gui d'Ussel

Guillem de Berguedan

Jaufre Rudel

Maria de Ventadour

Peire Bremon lo Tort

Peirol

Pistoleta

Raimbaut d'Orange

Richard de Barbezieux

Sail d'Escola

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 10:10

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Tarsienne arriva avec l'équipage au royaume de Palarne, au port de la cité de Mytilène. Là, les hommes mirent la jeune fille aux enchères.

Dans la cité, vivait un jeune roi, Anastogoras qui menait une vie dissolue. En apprenant qu'une belle jeune fille était à vendre, il la fit acheter par un proxénète.

Quand la jeune fille se trouva auprès du roi, ce dernier ne put obtenir les faveurs de Tarsienne.

Tarsienne raconta son histoire au roi qui la laissa à ses hommes. Ceux-ci ne purent obtenir les faveurs de Tarsienne. C'est pourquoi, elle fut envoyée auprès du proxénète qui l'avait achetée. Tarsienne fut obligée de travailler dans une maison close.

Elle reçut dans sa chambre des hommes qui lui donnèrent de l'argent et sortaient de sa chambre en pleurant. Le souteneur tenait absolument à ce que la jeune fille perde sa virginité. Elle parvint à la garder en racontant les malheurs qu'elle avait connus tout au long de sa vie. Ses récits parvenaient toujours à émouvoir ceux qui l'écoutaient. Elle gagnait sa vie de cette façon.

 

Le siège d'Antioche se poursuivait. Barlam, fils de Maradot réussit à entrer en contact avec le roi, Gontacle.

Barlam vengea la mort de son père en coupant la tête de Gontacle, roi tyran, sans qu'Apollonius ne lui ait donné cet ordre. Alors Antioche tomba, le siège fut rapidement levé. Ceux qui avaient été obligés de se battre aux côtés de Gontacle, obtinrent le pardon d'Apollonius.

Apollonius reprit la mer afin de retourner à Tarse auprès de sa fille. Dès que Strangulion aperçut Apollonius, il en fut contrarié, car il le croyait mort en mer. Ayant rapporté cette nouvelle à son épouse, cette dernière mit en place une stratégie : elle conseilla à son mari et à sa fille de porter le deuil afin de faire croire à Apollonius que sa fille bien aimée était morte depuis peu.

En apprenant la disparition prématurée de sa fille, Apollonius fut désespérée. Il se rendit sur la tombe de sa fille, puis décida de reprendre la mer rapidement.

Une tempête le fit échouer à Mytilène où ce jour-là, le peuple fêtait Neptune. Il autorisa son équipage à fêter ce dieu, mais il demanda de ne pas être dérangé.

Le roi du royaume de Palarne, Athénagoras aperçut le navire d'Apollonius dans le port. Il fut convié par l'équipage d'Apollonius à venir sur le bateau. Le roi demanda le nom du propriétaire de ce navire. L'ayant appris, il voulut rencontrer Apollonius. L'équipage l'invita à se rendre auprès de lui et de tenter sa chance car Apollonius ne souhaitait voir personne.

Athénagoras connaissait le prénom d'Apollonius, Tarsienne lui avait dit que son père se prénommait ainsi.

Quand il fut auprès de lui, Athénagoras demanda à Apollonius de se joindre à eux pour célébrer Neptune. Il essuya un refus. Athénagoras demanda à l'un de ses hommes, qui l'avait accompagné, d'aller chercher Tarsienne afin qu'elle offrît réconfort à Apollonius.

Tarsienne vint donc auprès de son père sans savoir qu'il s'agissait d'Apollonius. Le récit de ses aventures toucha Apollonius qui ne parvint pas à comprendre qu'il était en présence de sa fille. Il promit cependant à la jeune fille de l'aider à retrouver ses parents de haut lignage.

Elle laissa Apollonius à sa solitude mais fut contrainte par Athénagoras de retourner auprès de lui. Cette fois, elle lui posa des questions. Apollonius parvint à résoudre les énigmes posées par sa fille. Quand Tarsienne tenta de faire sortir Apollonius de la cale, il la poussa, elle se blessa et tout en pleurant raconta le récit de sa vie. Apollonius comprit enfin que cette jeune fille était sa fille. Il l'annonça à tous. Le roi de Palarne déclara qu'il ferait arrêter le souteneur puis demanda la main de la fille d'Apollonius. Le souteneur fut condamné au bûcher. Tarsienne épousa Athénagoras

Quand Apollonius voulut se rendre à Cyrène, sa fille et son gendre ne voulurent pas le quitter.  Ensemble, ils prirent la mer et une nuit, Apollonius fit un songe. Un ange lui dit :

"Apolonie, descens en la cité d'Efese et entre ou temple de Diane avec ta fille et ton gendre, et illlec exposez toutes tes adventures. Et après tu vendras en Tarse, et la tu vengeras les ennemis de ta fille Tarsienne." (i.e. "Apollonius, prends terre à la cité d'Éphèse, va au temple de Diane avec ta fille et ton gendre, et là, raconte tes aventures. Ensuite, tu iras à Tarse, et là tu te vengeras des ennemis de ta fille Tarsienne.")

Ils firent donc route vers Éphèse. Apollonius se rendit au temps de Diane avec sa fille et son gendre.

Quand Apollonius eut achevé son récit, la femme qui l'avait écouté, s'évanouit. Elle avait compris qu'elle venait de retrouver son mari et sa fille. Elle montra à Apollonius, la lettre qu'il avait rédigée et déposée dans son cercueil avant d'être jeté à la mer.

La joie de tous était immense.

Ensemble, ils reprirent la mer pour se rendre à Tarse afin de punir le prévôt et son épouse. Quand ils arrivèrent à Tarse, Strangulion, sa femme et leur fille furent arrêtés, jugés et condamnés. Le gendre d'Apollonius reçut le royaume de Tarse en héritage.

Toute la famille fit le chemin jusqu'à Cyrène. Archestrate fut heureux de revoir sa fille et de pouvoir connaître enfin sa petite fille. Peu après, il mourut de vieillesse.

Apollonius récompensa le pêcheur qui l'avait aidé autrefois.

Apollonius eut quatre fils " qui puis furent bons chevaliers preux et hardiz" (i.e. "qui furent par la suite de vaillants chevaliers, preux et hardis.")

Apollonius vécut avec son épouse pendant soixante-dix ans  tout en dirigeant les différents royaumes.

"Et quant il trespassa, il laissa a chacun de ces enffans ung royaume, et firent depuis vaillans hommes et firent depuis moult de beaulx fais comme nous racontent plusieurs livres." (i.e. "Quand il mourut, il laissa un royaume à chacun de ses enfants, qui depuis furent des vaillants et accomplirent de nombreux exploits, comme plusieurs livres nous le racontent.")

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 10:40

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Apollonius arriva à Tarse. Il retrouva son prévôt, Strangulion et son épouse Denise à qui il raconta ses mésaventures. Apollonius leur fit part de ses projets : retourner à Cyrène pour y voir son beau-père.

Apollonius laissa à son prévôt, sa fille, prénommée Tarsie avec sa nourrice, Licoride. Il lui demanda de lui donner l'éducation qui convenait à une fille de roi.

Apollonius prit la mer afin de reconquérir ses fiefs et domaines. Il arriva en Éthiopie avec ses chevaliers.

Ayant appris que Gontacle, le régent des quatre royaumes "faisoit grant assemblée de gens d'armes et faisoit garnir ces villes et chasteaulx et fortresses" (i.e. "rassemblait une grande quantité de soldats et qu'il mettait en défense ses villes, ses châteaux et ses forteresses."), Apollonius envoya quatre chevaliers qui devaient transmettre un message à Gontacle.

Gontacle qui était le frère d'Antiochus, déclara simplement qu'Apollonius arrivait trop tard pour être roi. Sur ce, il fit arrêter les quatre chevaliers, puis réunit un conseil durant lequel il signala qu'un an s'était écoulé depuis la mort de son frère et qu'il pouvait demander à être sacré roi, Apollonius étant toujours absent.

Mais "le bon homme Maradot" (i.e. "le vaillant Maradot") rappela qu'autre chose avait été décidée. Pour avoir osé dire cette vérité, Maradot fut lapidé puis décapité. C'est pourquoi, les autres hommes n'osèrent plus réagir. Pourtant, parmi l'assistance, un chevalier, vassal d'Apollonius, voyant ce que faisait Gontacle, partit discrètement et se rendit auprès d'Apollonius.

Dès que le chevalier rencontra Apollonius, il lui raconta ce dont il avait été témoin. Apollonius navigua donc en direction d'Antioche afin d'y retrouver le frère de Maradot et les enfants de celui-ci.

Sanguin, le frère de Maradot, accueillit Apollonius avec plaisir. Il lui assura que ses neveux l'aideraient dans le conflit qui l'opposerait à Gontacle. Le siège d'Antioche dura dix ans. Petit à petit, Apollonius parvint à augmenter le nombre de ses partisans.

 

Pendant ces mêmes années, la fille d'Apollonius était élevée par sa nourrice, Licoride qui vivait auprès de Strangulion et de Denise.

En grandissant, la jeune fille devint de plus en plus jolie et était plus douée que la fille du prévôt. Strangulion était quelque peu irrité par cette situation. C'est pourquoi, il s'en prit à la nourrice.

Voyant sa nourrice en mauvaise santé, la jeune fille, prénommée aussi Tarsienne, s'inquiéta. Elle alla voir sa Licoride, qui avant de mourir, lui raconta tout de son histoire  familiale : elle était la fille d'Apollonius de Tyr, roi des quatre royaumes.

Ce récit achevé, la nourrice lui donna quelques conseils quant à son avenir, puis elle s'éteignit. Strangulion fit enterrer la nourrice puis tout revint comme avant.

Un jour, tandis que Tarsienne se promenait en compagnie de Denise et de sa fille, elle fut remarquée par de nobles gens qui se divertissaient. Cet événement contraria la fille du prévôt qui s'en plaignit à sa mère. Cette dernière convoqua un de ses cerfs à qui elle donna l'ordre de tuer la jeune fille.

Le lendemain matin, Tarsienne reçut l'ordre de se préparer car elle devait se rendre à un pèlerinage au temple.

Le cerf, Théophile, attendait, sans pouvoir être vu, la jeune fille. Quand elle arriva à sa hauteur, il se jeta sur elle. Alors qu'il s'apprêtait à la tuer, des marchands sarrasins arrivèrent en bateau non loin de là. Menacé par eux, Théophile prit peur et s'enfuit, laissant seule la jeune fille qui fut enlevée par les Sarrasins.

Malgré les promesses de Denise, Théophile ne fut pas affranchi, pire il fut tué par la femme du prévôt. Denise fit croire que le corps de Théophile était celui de Tarsienne décédée subitement.

Les parents, heureux de ce dénouement, firent enterrer solennellement la fausse Tarsienne qui eut droit à une belle sépulture.

FIN DE LA TROISIEME PARTIE

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