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Bienvenue sur ce blog !
 
Vous allez pouvoir plonger dans le monde des Lettres. Comme il n'est pas de littérature, quels que soient le pays et l'époque, hors du temps, vous pourrez aussi trouver des points de repères dans différents domaines : histoire, peinture, sculpture, musique, architecture, et tant d'autres encore…
 
Une place accordée aux nouveautés de tous pays ne fera pas oublier les textes plus anciens, voire très anciens. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir non seulement les textes de l'Antiquité mais aussi ceux du Moyen Age. Les époques suivantes ne sont pas laissées de côté. Au milieu des textes devenus des classiques –comme le veut la formule- vous ferez peut-être d'heureuses découvertes… Vous voyagerez, je l'espère, ici et là dans des univers auxquels vous n'aviez pas encore songé…
 
Vous trouverez aussi des informations sur la langue française. Il ne s'agit pas d'un travail universitaire, mais simplement d'éléments qui permettent de rendre compte des différents états d'une langue.
 
Si vous avez envie de poursuivre, alors venez papillonner et j'espère que vous trouverez votre bonheur et que l'envie de lire sera au rendez-vous !
 
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 10:17

Les desseins de la Pléiade

La réhabilitation de la langue nationale

En 1549, Joachim Du Bellay rédige Défense et illustration de la langue française. Ce texte rend compte des positions communes des poètes.

Ces derniers désirent donner à la langue française ses lettres de noblesse. C’est pourquoi, ils veulent réhabiliter leur langue nationale qu’est le français. Ce mouvement avait déjà d’ailleurs commencé en Italie dès le XIVe siècle grâce à Dante, Boccace et Pétrarque. Ces auteurs avaient alors choisi d’écrire en italien qui finit par devenir une langue littéraire comme l’était à cette époque le latin. Peu à peu, d’autres pays d’Europe s’inspirèrent du modèle italien et firent de leur langue nationale, une langue littéraire.

Cependant, l’usage du français avait déjà progressé, seul la philosophie et les ouvrages savants continuent d’être rédigés en latin. En plus François Ier, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, avait déjà favorisé l’usage de cette langue. Composée de 192 articles dus au chancelier Guillaume Poyet, l’ordonnance de Villers-Cotterêts exige, entre autres, que le français soit employé à la place du latin dans les documents officiels.

En 1545, Jacques Peletier du Mans publie une traduction de l’Art poétique d’Horace. Dans cet ouvrage qu’il préface, Jacques Peletier du Mans défend déjà l’usage de la langue française. Il proposera même, cinq ans plus tard, une réforme de l’orthographe fondée sur la phonétique, mais celle-ci ne trouvera pas d’écho, pas plus d’ailleurs que celle proposée par Jean Antoine de Baïf.

En 1548, Thomas Sébillet, qui ne fait pas partie du groupe de la Pléiade, fait paraître l’Art poétique. Dans cet ouvrage, il expose déjà la plupart des idées que mettront en avant les poètes de la Pléiade, à savoir la conception platonicienne de la fureur poétique, l’incontestable importance du rôle du poète, la référence aux modèles antiques. Seulement, à la différence de la Pléiade, Thomas Sébillet ne refuse pas l’emploi des formes poétiques françaises en usage au Moyen Âge. Il prône à la fois l’usage des formes fixes médiévales comme la ballade, le rondeau et le virelai et l’usage des formes à la mode à l’époque comme l’épigramme, l’épître, l’élégie et le sonnet (importé récemment d’Italie).

 

Dans sa Défense et illustration de la langue française, Joachim Du Bellay, qui s’inspire du Dialogue des langues de Sperone Speroni paru en 1542, estime qu’il faut faire table rase du passé français et que tout est à réinventer dans le domaine de la langue.

Afin d’enrichir la langue française, Joachim Du Bellay propose plusieurs solutions :

L’usage de mots qui existent déjà, mais qui sont tombés en désuétude, comme ajourner (faire jour), asséner (frapper où l’on visait).

L’emprunt aux dialectes provinciaux comme le picard, le wallon, le gascon, le poitevin… Il est vrai que les différents dialectes dérivés du latin ont un lien de parenté avec le français.

L’usage des mots issus du langage des métiers et seulement utilisés par des spécialistes. Il s’agit de créer des comparaisons qui deviennent, de fait, des moyens d’expressions nouveaux.

La création de néologismes soit par composition, comme aigre-doux, soit par dérivation comme « sommeil » qui devient « sommeiller ».

L’emploi de termes issus du latin ou du grec comme enthousiasme, idole.

L’usage de tournure latines ou grecques, comme la substantivation de l’infinitif (le chanter, le vivre, le mourir), ou de l’adjectif substantivé (le vide de l’air), ou l’adjectif adverbial (ils combattent obstinés ; i.e. obstinément)…

 

Les poètes de la Pléiade, fervents admirateurs de la littérature greco-latine, imitent leurs modèles antiques. Estimant que la traduction des textes grecs ou latins ne sert qu’à faire connaître les idées sans rendre la beauté originelle, les auteurs de la Pléiade se tournent vers l’imitation. Les auteurs accomplissent ainsi ce qu’avaient fait les Romains de leur langue s’inspirant du modèle grec qu’ils copièrent.

Le poète, nourri des auteurs antiques, réussit à se les approprier pleinement à un tel point que son écriture en devient spontanée. Mais le plus important pour les poètes de la Pléiade n’est pas l’originalité telle que nous l’entendons aujourd’hui mais l’originalité de l’imitation et l’ingéniosité de la versification.

 

Le néoplatonisme

C’est vers 1430 qu’un Sicilien rapporte de Constantinople de nombreux manuscrits rédigés en langue grecque. Parmi eux se trouvent les œuvres complètes de Platon.

Lorsque les textes de Platon paraissent, le succès est au rendez-vous. L’engouement pour ce philosophe, que l’on redécouvre alors, est incontestable. D’ailleurs, à Firenze (Florence) en Italie, une Académie platonicienne voit le jour en 1462. En 1475, Marsilio Ficino (Marsile Ficin) publie une traduction en latin des deux dialogues de Platon consacrés à l’amour : Le Banquet et Phèdre.

Marsilio Ficino accompagne sa traduction de commentaire. Il fait alors une lecture chrétienne de Platon, et ce, afin essentiellement de donner un second souffle à la foi des fidèles.

Marsilio Ficino estime que Platon annonce le Christ. Il parvient à appliquer la théorie de la réminiscence de Platon à la foi chrétienne. Il explique que l’âme incarnée conserve en elle le désir de Dieu et que par l’intermédiaire de la beauté, elle peut alors commencer son ascèse vers le créateur.

C’est Pontus de Tyard qui apporte cette théorie au groupe de la Pléiade. De la doctrine ficinienne, les écrivains retiennent surtout deux idées, à savoir la conception de l’inspiration de Ion –le poète est une sorte d’interprète des dieux- et la conception de l’amour, ce dernier étant considéré comme une aspiration à la beauté idéale. 

Le pétrarquisme

Né en 1304 en Italie à Arezzo, Francesco Petrarca (Pétrarque) disparaît en 1374. Ce poète influence toute l’Europe et surtout la France au XVe siècle et au XVIe siècle. Son œuvre est d’ailleurs plusieurs fois rééditée tout au long du XVIe siècle surtout entre 1537 et 1565.

Son recueil s’intitule Canzoniere (i.e. le chansonnier). Alors qu’il séjourne à Avignon, Francesco Petrarca rencontre, le 6 avril 1327, une jeune fille prénommée Laure. Elle devient l’objet d’un amour obsédant.

Ce recueil des poèmes, paru en 1342, est entièrement consacré à la femme aimée. Francesco Petrarca parvient à fondre, dans un même ouvrage, la poésie amoureuse latine comme l’écrivaient Ovide, Catulle et Properce et la poésie courtoise provençale. Seul sa conception poétique de l’amour est nouvelle.

Francesco Petrarca évoque donc une femme belle, vertueuse mais cruelle. Cette femme aimée est idéalisée. L’amour que le poète ressent pour elle est exprimé au moyen d’antithèses. L’amant malheureux se plaint perpétuellement de la passion qui le ronge.

Francesco Petrarca fut rapidement imité. En France, le premier recueil totalement consacré à une seule femme est dû à Maurice Scève (école de Lyon). Il publie Délie en 1544. Joachim Du Bellay fait paraître en 1549 L’Olive. Ce recueil n’emploie que le sonnet dont avait usage Francesco Petrarca qui n’en est pas l’inventeur, cette forme étant née en Sicile au XIIIe siècle.

Toutefois, les Canzoniere français sont un peu différents de leur modèle italien dans la mesure où le poète chante plusieurs femmes, comme le fait Pierre de Ronsard qui chante Cassandre, Marie et Hélène.

Ces différents recueils sont avant tout l’expression d’un travail d’art.

S’il est vrai que la Pléiade connaît une phase de pétrarquisme, elle connaît aussi une phase d’anti-pétrarquisme. Deux réalités expliquent ce phénomène. Tout d’abord une certaine abondance de poèmes qui ne furent pas toujours de qualité. Ensuite, un épuisement des thèmes sans cesse mis en mots. En plus, l’idéalisation excessive de la femme s’est aussi heurtée au désir physique que fait aussi naître l’amour. De même que la littérature médiévale connaissait l’opposition d’une poésie lyrique courtoise et de fabliaux populaires et parfois grivois, de même la Renaissance connaît une production poétique qui célèbre l’amour jusqu’à la dévotion et une production poétique qui est dédiée à la sensualité, voire parfois à l’érotisme.

 

 

La Pléiade donne à la littérature une autre finalité. Elle est avant tout réservée aux seuls lettrés. N’ayant pas alors de contacts avec la population ordinaire –qu’elle ne doit pas tenter de séduire en se mettant à son niveau- cette littérature doit cependant parvenir à mener jusqu’à elle cette population.

Les poètes de la Pléiade ne se contentent plus d’écrire simplement des vers. Ils finissent par devenir des artistes  que nous pourrions qualifier d’intellectuels engagés dans leur siècle et aussi des hommes de Lettres possédant un certain pouvoir sur l’opinion.

Pourtant pendant le premier tiers du XVIIe siècle, les poètes de la Pléiade seront quelque peu malmenés par quelques poètes dont François de Malherbe. L’érudition qualifiée d’obscure, la vénération considérée comme superstitieuse de l’Antiquité, les nombreux néologismes, archaïsmes et autres provincialismes  sont délaissés car rejetés. Il est vrai que lorsque le roi Henri II prend le pouvoir, la vie de cour a changé. Un public de guerriers plus grossiers, peu enclins aux références mythologiques et au style raffiné des poètes, n’entend plus cette poésie. Cette dernière doit alors se simplifier et songer à revoir son mode d’écriture.

Cependant la Pléiade prépare d’une certaine façon le classicisme. En effet, les auteurs du XVIIe siècle voudront, comme leurs prédécesseurs, imiter les Anciens. Ils seront, entre autres,  attachés à l’idée de règles. Ce que le début du XVIIe siècle rejettera sans doute injustement et de façon excessive, trouvera une autre façon de renaître…

 

FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIÈRE PARTIE

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commentaires

jacqueline 06/02/2014 15:38


Très pertinent ("l'expression d'un travail d'art") et joliment
écrit, mais je n'arrive pas à trouver dans "catégories" (à gauche) "littérature 16e",et j'aimerais bien lire les deux autres parties.Je suis surprise et amusée de retrouver chez
vous trois des "sonnets inédits de Du Bellay", vous avez raison de douter. Un quatrième sonnet lève un peu la supercherie, les vidéos sont cocasses :
http://www.youtube.com/playlist?list=PLw_bOW3oZG0EMmUnEx5Qxa3d5BVyu_4oj

Clélie 16/02/2014 14:34



Je vais rechercher, mais en principe tous les articles sont là. Je n'enlève rien.


 


Merci de vos compliments.


Clélie


 


Je rajoute, toutes les autres parties se trouvent bien dans la rubrique "histoire littéraire".



fred 28/11/2012 12:56



Apparemment la liste des poètes de la Pléiade n’est pas close.
Ou alors il existe des contemporains tres forts pour le pastiche,
des faux-monnayeurs littéraires !!

Trois sonnets surgis de nulle part ailleurs, trouvés sur le Net
(signés « Le Seigneur des Anneaux ». Il faut 50 post pour lui
envoyer un mp je ne peux interroger le posteur).

En tout cas si c’est un pastiche je ne vois qu’un génie comme
l’habile Robert Rapilly ou le facétieux Louis Latourre pour avoir
ce talent? Merci de me dire si vous trouvez un auteur ancien
ou plutôt moderne ?

I. Loing du propos ſans gouſt, loing du parler groſſier
Qui trop regna long-temps par le paÿs de France.
Loing des amuſemens, ſans ame, ſans ſcience,
Où mainct poëte hier cruſt bon de ſ’oublier.

Loing des diſcours oiſeux, des ſonges de papier,
Phebus de ſon grant art nous rend la conaiſſance.
Homere puis Petrarque y joignans leur puiſſance,
Noſtre langue à nouveau voit ſon ſoleil briller.

Un poëme aux accens ſçavament agencez
Prolonge la leſſon dez grans maiſtres paſſez.
De la Grece et de Rome il conſerve la marque.

Mais lors ſa plus grant gloire au royaume françois,
Son laurier qu’au jour d’huy le plus hauct je luy vois,
C’eſt de ſçavoir charmer ſon bien aymé monarque.

II. Qui veult conoiſtre vn homme aux mille courtiſans,
Doibt comme luy ſe faire amy de l’injuſtice,
Cherir la vanité, l’envie, l’avarice,
Et toutes les vertus communes aux puiſſans.

Qui veult conoiſtre pis, perfides, malfaiſans,
Des ſept pechez mortels toujours pronts au ſervice,
Il doibt entrer de Rome en la Tres-Haulte Lice
Y renconſtrer la Beſte et tous ſes partiſans.

Paſſant par tous degrez, ſous-diacre, diacre, preſtre,
Eveſque et archeveſque, il ſe preſente au Maiſtre
Avecque toge pourpre et galero bouffon :

Car la couleur icy change en vertu le vice.
Et l’apparat pompeux qu’on dict cardinalice
Deſguiſe la rougeur que meſt la honte au front.

III. Vous ſçachant trop, la nuict, ſous l’amoureuſe loy
Courir diſſimulee où le Desir vous meine,
Je doubte ſi mon cueur doibt en reſſentir peine,
Ou s’éjouir plutost de voſtre peult de foy.

Car ſur ce champ celé dont vous payez l’octroy,
Scrupule ny regret ny honte ne vous freine.
Et vous tenez, ce ſemble, à vous imposer geſne
En affirmant le jour n’eſtre jamais qu’a moy.

LAURE, j’ay plain ſoupçon de vos eſbats nocturnes.
Mais quand de pleurs jaloux je remplirois cent urnes
Ils ſecheroient bien toſt ſous vos ardans ſoleils :

De la fidelite la chaiſne m’importune.
Nous ſommes loupve et loup que faict ſortir la lune ;
Commune liberté faict nos chemins pareils.


Clélie 10/01/2013 15:16



Désolée de cette réponse quelque peu tardive.


 


Vous voulez mon avis au sujet des textes, c'est bien cela ?


 


J'avoue que j'ai tout de même un doute...


Songez simplement qu'il y a peu, à l'agrégation d'Histoire-Géographie, un sujet de médiéval était en fait le texte d'un auteur du XXe siècle mais rédigé en Ancien Français !!!


Je ne connais pas assez bien le sujet pour apporter une certitude.