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Bienvenue sur ce blog !
 
Vous allez pouvoir plonger dans le monde des Lettres. Comme il n'est pas de littérature, quels que soient le pays et l'époque, hors du temps, vous pourrez aussi trouver des points de repères dans différents domaines : histoire, peinture, sculpture, musique, architecture, et tant d'autres encore…
 
Une place accordée aux nouveautés de tous pays ne fera pas oublier les textes plus anciens, voire très anciens. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir non seulement les textes de l'Antiquité mais aussi ceux du Moyen Age. Les époques suivantes ne sont pas laissées de côté. Au milieu des textes devenus des classiques –comme le veut la formule- vous ferez peut-être d'heureuses découvertes… Vous voyagerez, je l'espère, ici et là dans des univers auxquels vous n'aviez pas encore songé…
 
Vous trouverez aussi des informations sur la langue française. Il ne s'agit pas d'un travail universitaire, mais simplement d'éléments qui permettent de rendre compte des différents états d'une langue.
 
Si vous avez envie de poursuivre, alors venez papillonner et j'espère que vous trouverez votre bonheur et que l'envie de lire sera au rendez-vous !
 
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 09:41

Source

Cette pièce de théâtre fut jouée le 5 décembre des années 1200.

 

Le jeu est ici à prendre dans tous les sens du terme, puisque dans Le Jeu de saint Nicolas tout le monde joue ! Les personnages jouent aux dés tandis que l'auteur, Jean Bodel, joue avec les mots, les rythmes, l'actualité (même si la plupart des allusions que compte la pièce demeurent obscures). L'auteur utilise l'alexandrin, le décasyllabe et l'octosyllabe.

 

Nous comptons trois temps dans cette pièce. Le premier est celui de la mise à l'épreuve de la statue de saint Nicolas par un trésor confié. Le deuxième est celui du trésor volé et le troisième est les conséquences de ce vol. Ce dernier temps se partage en quatre temps :

- la réaction du prince dont le trésor a été dérobé.

- l'intervention de saint Nicolas.

- la restitution du trésor.

- la conversion au christianisme des Sarrasins.

 

Dans cette pièce, nous retrouvons des thèmes déjà présents dans les chansons de gestes à savoir le couple roi et sénéchal ainsi que la bataille et la défaite des chrétiens.

 

En Ancien Français, le titre de la pièce est C'est li Jus de saint Nicholai. Ce titre peut se comprendre de deux façons. Il s'agit à la fois  du jeu dont le sujet est saint Nicolas et du jeu conduit par saint Nicolas.

Nous pouvons aussi nous poser la question au sujet du "jus", évoque-t-il aussi le jus de la vigne puisque le vin occupe une place centrale dans la pièce ?

 

Ajoutons, enfin, que la bipolarisation, issue des œuvres liturgiques (qui utilisent le latin et le français), est aussi présente dans la ville d'Arras. Au Moyen Âge, Arras est partagée entre la Cité (i.e. ville antique) et la Ville (i.e. ville carolingienne).

 

Dans cette pièce, le lecteur découvre que frauder sur la qualité du vin n'est pas de notre temps. Il apprend aussi que la taverne est le lieu où l'on joue, l'on triche, l'on boit et l'on vole…

 

Cette pièce ne nous a été conservée que dans un seul manuscrit qui appartient à la collection La Vallière.

 

En fin d'ouvrage, vous trouverez aussi quelques documents annexes comme un court résumé de la pièce, un extrait de La Légende dorée de Voraigne, le texte en latin du Jeu de saint Nicolas par Hilaire accompagné de sa traduction et, entre autres, quelques explications sur les parties de dés.

 

LA PIÈCE

 

Les personnages dans l'ordre d'entrée en scène :

Le prêcheur

Auberon, courrier du roi d'Afrique

Le roi d'Afrique

Le sénéchal du roi d'Afrique

Connard, le crieur du roi et des échevins de la Cité

L'aubergiste ou le patron

Cliquet, l'un des trois voleurs

L'émir de Konieh

L'émir d'Orkenie

L'émir d'Oliferne

L'émir d'Outre l'Arbre Sec

Les chevaliers chrétiens

Un premier chevalier chrétien

Un deuxième chevalier chrétien

Un troisième chevalier chrétien

Un jeune chevalier chrétien

L'ange

Le prud'homme (le saint homme)

Durand, le geôlier du roi

Caignet, le valet de l'aubergiste

Raoul ou Raoulet, le jeune crieur des hommes de la Ville

Pincedé, l'un des trois voleurs

Rasoir, l'un des trois voleurs

Saint Nicolas

Tervagan, dieu païen

 

 

Le prêcheur invite "seigneur et dames" à écouter l'histoire de saint Nicolas.

Autrefois, un roi païen, voisin des chrétiens, attaqua une fois encore mais par surprise les chrétiens. Les païens furent rapidement vainqueurs

Dans une chapelle, les païens aperçurent "ourer un preudhomme d'eage/ A genous devant une ymage/ De saint Nicolai le baron" (i.e. "un homme bon d'un certain âge qui priait à genoux devant une statue du grand saint Nicolas."). Ils le capturèrent avec la statue et l'emmenèrent auprès de leur roi.

Le roi païen apprend de la bouche du vieil homme que la statue de bois, image de saint Nicolas, était, entre autres, un "[…] si bonne garde eslite/ Que il monteploie et pourfite/ Canque on li commande a garder." (i.e. "si bon gardien qu'il multiplie et accroît tout ce dont on lui confie la garde.").

Le roi païen menaça le vieil homme de supplice si la statue à qui il allait confier son trésor, ne faisait ce que l'homme avait dit. À peine eut-il confié son trésor à la statue que trois larrons l'apprirent. Ils volèrent nuitamment le trésor.

Dès que le roi païen eut constaté le vol, il convoqua le vieil homme qu'il avait fait jeter en prison. Le roi païen fit interroger le vieil homme puis laissa ceux, qui étaient présents, le malmener.

Le vieil homme demanda un délai, qui fut accordé. La nuit venue, il pria dans sa prison. Saint Nicolas se rendit auprès des voleurs à qui il ordonna de restituer le trésor et de placer la statue dessus.

Quand le roi païen constata que son trésor était revenu, il demanda à ce qu'on lui amenât le vieil homme sans le tourmenter. Ensuite, il se fit baptiser avec tous ses hommes. "Preudom fu et bons crestïens ; / Ainc puis n'ot de mal faire envie." (i.e. "Il fut un homme de bien et un bon chrétien : jamais depuis il n'eut envie de faire le mal.").

 

"Del miracle saint Nicolai / Est chis jeus fais et estorés. / Or nous faites pais, si l'orrés." (i.e. "C'est du miracle de saint Nicolas que ce jeu est composé et constitué. Faites donc silence pour nous, et vous l'entendrez.").

 

Dans le palais du roi d'Afrique, adepte de Mahomet, Auberon, le courrier du roi, vient annoncer que les chrétiens sont entrés sur ses terres et ont déjà commencé à détruire le pays.

Le roi, contrarié, apostrophe Tervagan, l'un de ses dieux, lui reprochant son inaction.

Le sénéchal, alors présent, reproche au roi, ses propos déplacés et l'invite à se rendre en sa compagnie auprès de Tervagan "prier qu'il ait pardon de nous" (i.e. "pour le prier de nous pardonner.").

Le roi accepte et tous deux se rendent auprès de Tervagan. Là, le roi païen bat sa coulpe et demande l'aide de son dieu afin de faire face à l'invasion des chrétiens. Puis il attend un signe de Tervagan : "Se je doi gaagnier, si ri, / Et si je doi perdre, si pleure." (i.e. "si je dois gagner, ris, et si je dois perdre, pleure."). Or  Tervagan rit et pleure. C'est pourquoi le roi demande au sénéchal une interprétation, mais ce dernier hésite. Le roi l'ayant assuré que rien ne lui arriverait, le sénéchal propose cette interprétation. Tervagan a ri car le roi allait vaincre les  chrétiens, il a pleuré car le roi l'allait abandonner. Cette réponse irrite fortement le roi qui demande à ce que son armée soit convoquée.

 

Le sénéchal charge le crieur du roi, Connard [ce qui signifie "sot"] de crier le ban, ce que fait Connard aussitôt. Tout le monde doit venir auprès du roi d'Afrique muni de ses armes.

 

Dans le palais, le roi demande à Auberon d'aller convoquer Géant et Cananéens afin qu'ils l'aident puisque "[…] par crétïens ma loys dechiet et pert." (i.e. "par le fait des chrétiens, [sa] religion déchoit et dépérit.").

 

À l'auberge, l'aubergiste vante aux chalands les mérites de  ce qu'il propose à boire et à manger. Auberon demande une pinte de vin mais au moment de la régler, Auberon conteste le prix. Toutefois, il devra se plier, et ce, d'autant plus que Cliquet [ce qui signifie "clenches, loquets" ; ce personnage est un spécialiste des serrures] s'en mêle. Cependant afin de régler la note, Auberon la joue aux dés avec Cliquet. Ce dernier ayant perdu, Cliquet devra régler la note.

 

Auberon se rend auprès de chacun des émirs et réussit à obtenir d'eux l'aide désirée. Des armées viendront donc au secours du roi d'Afrique.

De retour au palais, Auberon annonce au roi qu'il est parvenu à rassembler les émirs à sa cause.

 

Chacun des émirs se présente au roi. Les émirs offrent des présents ainsi que leurs services. L'émir d'Outre l'Arbre Sec [selon Marco Polo, l'arbre sec est un platane ; deux traditions existent. L'une veut que lors du décès du Christ, l'arbre, qui se trouvait près d'Ébron, se serait desséché. La seconde rapporte qu'un prince chrétien ferait chanter la messe sous l'Arbre Sec qui reverdirait. Ce miracle provoquerait la conversion des païens et des juifs.] ne peut pas offrir de richesses car il n'y a pas de monnaie dans son pays.

 

Le sénéchal dit au roi que ses barons étant présents, ils peuvent guerroyer. Ayant reçu l'ordre, les émirs se rendent sur le champ de bataille.

Alors qu'ils doivent combattre, les chrétiens appellent Dieu en aide, car ils se savent moins nombreux que l'ennemi. Toutefois, ils sont déterminés à faire la guerre.

Un ange leur apparaît alors et leur dit  d'être "creans / En dieu" (i.e. ""confiants en Dieu."), mais l'ange n'est pas reconnu par ces hommes, c'est pourquoi, il doit expliquer qui il est. "Angles sui a Dieu" (i.e. "Je suis un ange de Dieu") envoyé pour annoncer que leur lutte sera récompensée par Dieu.

 

L'émir de Konieh, le plus ancien parmi tous les émirs, demande à ce que tous les chrétiens soient tués. Il est obéi. Tous les chrétiens sont massacrés sauf un : "[…] un grant vilain kenu, / S'aoure un mahommet cornu." (i.e. "un grand rustaud chenu qui adore un fétiche cornu."). L'homme est conduit auprès du roi avec la statue.

 

L'ange apparaît à ce chrétien et lui déclare que ceux qui servent Dieu pleinement seront toujours récompensés. Le chrétien, quant à lui, adresse une prière à saint Nicolas. L'ange rassure le chrétien et lui demande de faire confiance à Dieu puis à saint Nicolas.

 

Dans le palais, l'émir de Konieh annonce au roi qu'ils ont vaincu les chrétiens dont les cadavres jonchent le sol sur quatre lieues. Le roi les remercie et leur demande qui est "che vilain a l'aumuche" (i.e. "ce rustaud au capuchon."). L'émir d'Orkenie explique qu'ils ont trouvé cet homme en train de prier "A jointes mains et en plourant, / Devant sen cornu mahommet." (i.e. "les mains jointes, en pleurs, devant son fétiche cornu.").

Le roi demande à ce chrétien quelles sont ses croyances. Ce dernier répond  qu'il croit en cette statue et au saint qu'elle représente. Saint Nicolas peut, en effet, protéger tout bien mis sous sa garde. Le roi annonce aussitôt que "nicolais iert esprouvés" (i.e. "Nicolas sera mis à l'épreuve."). Celui-ci se verra confier le trésor du roi. Si jamais quelque chose venait à manquer, le chrétien serait brûlé ou roué.

 

Le roi ordonne au sénéchal de conduire le chrétien auprès de Durand [à prendre avec le sens de "le dur", "le coriace". Ce nom est très répandu à Arras à cette époque], qui est à la fois le bourreau et le gardien de prison.

Durand annonce au chrétien ce qui l'attend, mais l'ange demande au chrétien de croire fermement car il aura le secours de saint Nicolas et il verra la conversion du roi et de ses hommes dans la foi chrétienne.

 

Le sénéchal annonce au roi qu'il a été obéi. Il doit, sur ordre du roi, exposer au grand jour tous ses trésors sous la seule surveillance de la statue de saint Nicolas placé dessus.

Une fois cela accomplit, le roi déclare à son sénéchal qu'il doit faire proclamer que le trésor n'est sous la garde d'aucun soldat.

Connard, le crieur, est aussitôt chargé d'annoncer publiquement que selon la volonté du roi, son trésor est désormais sous la seule surveillance d'un fétiche cornu qui ne bouge pas. Les voleurs feront ce qu'ils souhaitent.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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