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Bienvenue sur ce blog !
 
Vous allez pouvoir plonger dans le monde des Lettres. Comme il n'est pas de littérature, quels que soient le pays et l'époque, hors du temps, vous pourrez aussi trouver des points de repères dans différents domaines : histoire, peinture, sculpture, musique, architecture, et tant d'autres encore…
 
Une place accordée aux nouveautés de tous pays ne fera pas oublier les textes plus anciens, voire très anciens. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir non seulement les textes de l'Antiquité mais aussi ceux du Moyen Age. Les époques suivantes ne sont pas laissées de côté. Au milieu des textes devenus des classiques –comme le veut la formule- vous ferez peut-être d'heureuses découvertes… Vous voyagerez, je l'espère, ici et là dans des univers auxquels vous n'aviez pas encore songé…
 
Vous trouverez aussi des informations sur la langue française. Il ne s'agit pas d'un travail universitaire, mais simplement d'éléments qui permettent de rendre compte des différents états d'une langue.
 
Si vous avez envie de poursuivre, alors venez papillonner et j'espère que vous trouverez votre bonheur et que l'envie de lire sera au rendez-vous !
 
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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 12:54

Il est des écrivains dont les œuvres complètes se limitent à quelques pages. Jean de La Ville de Mirmont est, hélas, de ceux-là. Ses écrits font moins de deux cents pages.

 

Il est des écrivains oubliés, qui ne figurent pas ou si rarement dans nos anthologies, mais dont le souvenir fut entretenu par d’autres. Jean de La Ville de Mirmont est de ceux-là. François Mauriac n’oublia pas l’ami d’enfance auquel il rendit hommage dans son Bloc-notes.

 

Publié au lendemain de la Première Guerre mondiale, L’Horizon chimérique est l’œuvre d’un jeune homme mort le 28 novembre 1914 au Chemin de Dames à Verneuil en Champagne. Il n’avait que vingt-huit ans. Aurait-il écrit encore s’il était revenu de ce « grand voyage » que fut cette terrible guerre ?

 

Se demander quel aurait été le visage de notre littérature si la Première Guerre mondiale n’avait pas fauché tant de talents, qui avaient eu le temps d’écrire avant de mourir, est sans doute une illusoire consolation. D’autres choses sont aussi nées de ce grand conflit. Alors pour avoir, peut-être, une simple idée de ce qui était en germe en ce début de XX e siècle, laissez-vous tenter par le peu qu’a pu écrire Jean de La Ville de Mirmont, grand lecteur de Charles Baudelaire.

 

L’Horizon chimérique

 

La première partie du recueil est composée de poèmes. La plupart n’a pas de titres. Seuls cinq poèmes, éparpillés dans l’ensemble du recueil, reçoivent un titre : Vœu, Madrigal, Le rêve et la vie, Promenade, Epitaphe.

 

Quarante-cinq poèmes, découpés en cinq parties, ouvrent ce livre. La première partie s’intitule L’Horizon chimérique. Essentiellement tournés vers la mer, ces poèmes évoquent tantôt « un port » où est né le poète, tantôt « le ciel incandescent d’un million d’étoiles ». Le poète nous emmène ici ou là au gré des désirs, des vents et des saisons.

 

La deuxième partie, qui se nomme Jeux, nous entraîne « […] dans une auberge du vieux port. » L’ennui est là parfois, mais le souvenir aussi :

 

« Mais je porte en mon cœur, à l’abri des atteintes

Du temps et de l’oubli, le souvenir futile

D’une créole de Saint-Pierre aux lèvres peintes

Dont les baisers grisaient comme le vin des Iles. »

 

La troisième partie, intitulée Attitudes, propose les différents visages de l’Homme. Ce dernier choisit parfois de prendre d’autres chemins :

 

« Que nous importent vos scrupules,

Et vos soucis et vos tracas ?

Nous ne mettrons jamais nos pas

Dans vos empreintes ridicules ! »

 

Pourtant, l’homme rêve aussi à ce qu’il pourrait être : « Si j’étais gabarre ou chaland »

 

La quatrième partie s’appelle Chansons sentimentales. Le poète s’amuse avec sa « sœur fragile. » Mais il a besoin de ce :

« Cher petit être insoucieux »

 

La cinquième partie, fort courte, a le nom de Confidences. La « pauvre âme », qui comme le poète, n’était pas faite « pour jouer la vertu » nous emmène aussi pour une Promenade dans Paris.

 

Les Dimanches de Jean Dézert

 

Publié à compte d’auteur en 1914, peu de temps avant la déclaration de guerre, ce roman, qui n’eut aucun succès, est le seul paru du vivant de l’auteur.

L’ironie n’est jamais loin dans les quatre parties de ce court roman. Le narrateur est présent dès les premières lignes, puis semble s’effacer ensuite. L’absurde de la situation fait parfois songer aux écrits de Samuel Beckett…

 

Définition de Jean Dézert

 

« Ce jeune homme, appelons-le Jean Dézert. »

Les joues soigneusement rasées, Jean Dézert est « employé au Ministère de l’Encouragement au Bien (Direction du Matériel) » dont la vie « n ‘offre rien que de très ordinaire, en apparence. »

Jean Dézert réside rue du Bac dans un appartement un peu vieux. De sa fenêtre, il peut voir jusqu’au boulevard Saint-Germain.

Chaque jour, Jean Dézert se lève à huit heures afin de se préparer pour se rendre à son travail rue Vaneau. Il fréquente rarement ses collègues, car il « ne sait pas discuter. » Jean Dézert se contente de « compléter des imprimés, de communiquer ou de transmettre, selon le cas, des pièces à d’autres services. »

Un jour de la semaine a toute son importance pour Jean Dézert : le dimanche. Pourtant, il vit seul loin de sa famille qui se trouve dans le Sud-Ouest.

« Mais, surtout, Jean Dézert a fait sienne une grande vertu : il sait attendre. Toute la semaine, il attend le dimanche. A son Ministère il attend de l’avancement, en attendant la retraite. Une fois retraité, il attendra la mort. Il considère la vie comme une salle d’attente pour voyageur de troisième classe. »

Ni ambitieux, ni envieux, Jean Dézert est juste un résigné.

 

Journées

 

La pluie d’automne est là « sur Paris, sur la banlieue, sur la province. » Tout est en mouvement, le train, les gens…

Jean Dézert se rend « dans sa crèmerie, rue du bac, à deux pas de chez lui. » Là il retrouve Léon Duborjal, un ami qu’il ne rencontre que dans ce restaurant. Ils se parlent de tout, de rien, puis chacun reprend son chemin, une fois le repas terminé.

Comme il pleut encore, Jean Dézert « rentre chez lui. Il allume sa lampe à pétrole, s’installe devant sa table. » Sur l’agenda, en ce dix octobre, Jean Dézert écrit : Néant. Après avoir fumé une cigarette, il va se coucher.

Dans le bureau de Jean Dézert, un poêle et un collègue avec lequel, il ne discute pas. Comme Jean Dézert a terminé son travail plus tôt, il cherche une façon d’occuper les quarante-cinq minutes qui lui reste avant son départ. Soudain, une idée : faire des vers. Il commence jusqu’à ce que son voisin vienne l’interrompre un court instant. C’est alors que M. Benoît, sous-chef, entre dans le bureau demandant à Jean Dézert « la note de la Direction des Legs, en date du 20 courant » dont il n’a pas vraiment besoin selon le collègue de Jean Dézert.

Il reste encore vingt minutes à Jean Dézert qui alors se souvient de sa jeunesse.

 

Sur le quai Voltaire, se trouvent les bouquinistes. Jean Dézert jette un œil sur quelques livres quand il « se promène de six à sept heures, pour des raisons d’hygiène, avant son repas du soir. »

Un jour, parmi les ouvrages consultés, il achète La Morale de Confucius. Philosophie de la Chine, juste à cause de cette phrase : « Lorsqu’on ne peut apporter à un mal aucun remède, il est inutile d’en chercher. » Cet ouvrage est maintenant son livre de chevet.

 

Jean Dézert, dans son agenda, raconte « chaque soir ses mémoires. » De ce dimanche 15 novembre 19.., Jean Dézert retient que le mauvais rhume, le courrier, le « dîner habituel, à la crémerie Chênedoit. » Son ami, Léon Duborjal porte une jaquette. Après le repas, les deux hommes se rendent sur la place de la République afin de « boire un lait chaud à la « Merveille des Mers ». »

Parfois, il évoque le temps qu’il fait, les élections municipales…

 

Jean Dézert accepte toujours les prospectus « que lui tendent, sur le trottoir, des vieux messieurs déchus, prodigues et mal vêtus. » De retour chez lui, il ne garde que ceux qu’il juge intéressants.

Un samedi soir, il songea qu’il pourrait passer sa journée du dimanche à « suivre les conseils prodigués sur quelques-unes de ces feuilles gratuites. »

Le lendemain, après voir fait sa toilette, il « se dirigea vers le quartier latin. » Chacun vaquait à ses occupations. Jean Dézert prit à une vieille femme deux brins de muguet puis à partir du premier prospectus, il prit le chemin de la rue Monge pour aller « aux piscines d’Orient. » Jean Dézert entra dans cet établissement qui semblait « devoir tenir ses promesses de confort. » Il dut attendre son tour, puis après le massage, il se rhabilla afin de se rendre au « « lavatory rationnel, coupe 50 centimes, barbe 25 centimes, soins antiseptiques », de la rue du Faubourg-Montmartre, qui constituait le N°2 de son programme. »

« Reçu par le patron lui-même, toulousain d’origine, » Jean Dézert se vit proposer plusieurs types de coupes qui ne pouvaient lui convenir. Finalement, il demanda à avoir les cheveux à ras, mais une fois qu’il eut les cheveux coupés ainsi, il se trouva « hideux dans la glace. »

A 11 h 10, « il devait déjeuner au « restaurant végétarien, antialcoolique, spécialités hygiéniques, […] », vers le bout de la rue de Vaugirard. » Après avoir un peu flâné, il arriva au restaurant.

Ayant composé un menu au nombre de calories trop importantes, il dut faire un autre choix. Il prit son repas, tandis que le restaurant s’emplissait peu à peu, puis « il but, pour finir, une tasse de café décaféine, sans trop s’y attarder toutefois, car, par mesure d’hygiène, on ne fumait pas dans l’établissement. »

L’après-midi débuta. Il alla se promener et arriva boulevard Sébastopol.

Jean Dézert se rendit chez madame « Thérésa de Haarlem, sujet sensitif d’une clairvoyance extraordinaire. »

« Jean Dézert s’assit devant une table modeste, recouvert d’un tapis vert, » mais « le futur ne l’intéressait guère. On n’avait pas bien long à lui apprendre sur son passé. » Néanmoins, Thérésa lui parla de son futur. Jean Dézert devait « se méfier, dans l’avenir, d’une femme aux cheveux noirs, bien qu’une fille blonde s’intéressât à lui. »

« En descendant l’escalier, il se rendit compte que la fatigue commençait à le gagner. » Comme il avait beaucoup marché depuis ce matin, il choisit de prendre le métro.

Rue de la Gaîté, il alla au cinéma. Quand il put enfin trouver une place plus confortable, il réussit à voir ce qui était projeté sur l’écran. Il s’endormit alors. Quand il se réveilla, les cow-boys étaient à l’écran et il était déjà cinq heures du soir. Il quitta les lieux, acheta la Patrie, puis après avoir pris un café, il reprit sa marche.

En fin de journée, il avait prévu d’aller à la pharmacie de Nord où « tous les dimanches soir à neuf heures, [une] conférence gratuite sur l’hygiène sexuelle, agrémentée d’auditions musicales » avait lieu. Quelques personnes se trouvaient là. Attentives, elles écoutaient, puis vers onze heures du soir, « quand le sujet fut épuisé, » elles se dispersèrent. A quelques pas de là, Jean Dézert fut accosté par une femme, mais la rencontre tourna court. Jean Dézert « rentra dans sa demeure et se mit au lit, très las. Pourtant, il n ‘oublia point de remonter son réveil. »

 

Puis Jean Dézert rencontra Elvire Barrochet.

 

L’Aventure

 

Un dimanche matin, au Jardin des Plantes, Jean Dézert rencontra Elvire Barrochet, « vêtue de bleu nattier. » D’habitude, il n’observait pas les passants, mais « celle-ci retint son attention. » Allant où ses pas la menaient, Elvire, à qui il fallait « peu pour la distraire, » venait de s’arrêter devant les ours blancs. Jean Dézert qui l’avait suivie, prit la parole. La conversation s’engagea. Ensuite, « ils marchèrent un moment, côté à côte, sans parler. » Puis ils parlèrent de nouveau.

Mais Elvire ne put poursuivre avec Jean sa balade plus longtemps, elle déjeunait chez une amie. Elle dut se dépêcher car elle était déjà en retard. Alors, Jean Dézert, qui lui donna sa carte, regarda la jeune fille s’en aller.

 

Alors qu’il était chez lui, attendant la fin de l’orage, « la sonnette du vestibule » retentit. Il crut que c’était quelqu’un qui s’était trompé. A sa grande surprise, c’était Elvire. Ils parlèrent mais Jean Dézert ne savait quelle attitude adoptée. Elvire, plus enjouée, raconta qu’elle était sortie seule, ce qui était rare. Quand la pluie cessa, Elvire partit. Le comportement d’Elvire suscita cette pensée à Jean Dézert :

« Cette enfant bouleverse toutes mes notions. »

 

« Le soir, chez Madame Chênedoit, Léon Duborjal questionna Jean Dézert. » Ce dernier lui parla d’Elvire dont le père était « négociant » et qu’il avait rencontrée « devant le bassin des otaries. »

 

Le dimanche suivant correspondait au début des vacances de Jean Dézert. Durant l’été, Jean Dézert restait à Paris qu’il considérait « comme une ville d’eau. »

« Depuis sa fenêtre, il vit enfin venir Elvire » qui tenait un paquet. En arrivant, elle raconta qu’elle était en retard et demanda s’ils allaient se promener. Ce fut Elvire qui imposa délicatement une promenade à Viroflay.

Avant de partir, Jean voulut savoir ce que contenait le paquet de la jeune fille. Elvire répondit qu’il s’agissait d’une couronne mais qu’elle avait perdu l’adresse où elle devait la laisser.

Ils partirent, emportant selon la volonté d’Elvire, la couronne. Dans le train, « la couronne fut hissée dans le filet. » Tandis que la train roulait, un arrêt brusque survint et fit tomber la couronne. Elvire la déposa sur les genoux de Jean Dézert afin de vérifier qu’elle n’était pas cassée.

Soudain, le temps se gâta. Il plut et il pleuvait encore quand ils descendirent du train à Viroflay. Ils parlèrent de l’idéal de Jean Dézert, de ce que pouvait être l’amour. Puis après avoir plaisanté sur leur mariage hypothétique, ils regagnèrent Paris.

 

« Une partie de plaisir manquée ne comptait pas dans la vie de Jean Dézert. Il savait que nos joies sont faites de commencements et qu’il ne faut pas se montrer trop difficile. » Toutefois, Jean Dézert se demandait où tout cela le conduirait. Finalement, Jean Dézert annonça à Léon Duborjal qu’il était fiancé, mais que « la chose n’a[vait] rien d’officiel. »

Léon questionna Jean Dézert sur la future mariée. En apprenant le métier du père d’Elvire, Léon construisit la vie de son ami. Mais, Jean Dézert  temporisa, le père d’Elvire n’ayant pas encore donné son accord.

 

Jean Dézert se rendit donc auprès de M. Barrochet afin de lui demander la main d’Elvire. Le père d’Elvire n’était pas contre ce mariage, mais sa fille n’avait que dix-huit ans et était souvent capricieuse.

Comme Jean Dézert ne déplaisait pas à M. Barrochet, ce dernier ajouta que si d’ici quelque temps, il désirait toujours épouser sa fille, alors il donnerait son accord. Il faut dire aussi que Jean Dézert  «ne s’était pas attendu à rencontrer si peu d’objections ni tant de cordialité. Ce veuf débonnaire, d’âge et de caractère incertains , qui lui souriait sans arrière-pensée dans la pénombre de son comptoir, le mettait tout à fait à son aise. »

Avant de partir, Jean Dézert demanda à voir Elvire. Il fut conduit auprès d’elle. Ils parlèrent et quand la sonnette de la boutique retentit, M. Barrochet les laissa.

« Avant la chute du crépuscule, » Jean Dézert partit songeant que tout cela s’enchaînait logiquement.

 

Tout le temps des vacances, Jean Dézert vint « chaque après-midi, […] un bouquet d’œillets blancs » pour sa fiancée. Il dînait avec eux. Parfois, Elvire donnait rendez-vous à Jean Dézert « en des endroits très divers de Paris. »

A la fin des vacances, « les fiançailles continuèrent. » Puis au mois de septembre, M. Barrochet déclara « qu’il était temps de chercher un logement dans le quartier, » car ils allaient bientôt se marier.

 

Puis un soir d’octobre, tandis qu’ils parlaient de leur avenir, Jean Dézert adressa à Elvire une espèce de prière :

« Demeure telle, sois puérile et vaine, divine et sans objet, […] et console-moi de ce que le ciel, dans ma misère, m’ait nanti de la conscience de mon moi – si l’on peut s’exprimer ainsi, en l’espèce. » Alors, après l’avoir regardé « en face pour la première fois de sa vie », Elvire éclata en sanglots. Elle déclara qu’elle n’avait jamais remarqué sa « figure si longue » et que désormais, elle ne pourrait plus l’aimer « dans de pareilles conditions. »

Jean Dézert redoutait qu’une telle chose se produise mais il l’accepta. Il dit simplement adieu à Elvire.

 

Après tout

 

Jean Dézert décida de ne pas se laisser aller. D’ailleurs, « ses collègues du ministère ne se doutèrent de rien. Léon Duborjal, de son côté, se montra plein de discrétion. Il répondit par une chaude poignée de main à l’aveu que lui fit son ami. »

Toutefois, Jean Dézert poursuivit sa réflexion pendant une semaine. Il arriva à la conclusion que, pour parvenir à oublier, trois solutions s’offraient à lui : faire la fête, boire ou mourir. Cette dernière solution étant « la plus sûre et la moins coûteuse. »

 

Pendant quinze jours, Jean Dézert mena une vie de débauches « dans plusieurs cafés chantants. » Il rencontra en ces lieux toutes sortes de femmes. « Il but des bocks en compagnie de Raoul de Narsay, qui, […] stigmatise la noblesse, le clergé, l’ancien régime et tutoie les reines de France, afin de mieux leur dire leur fait, dans son répertoire philosophique. Quand cette vie finit par le décevoir, il se mit à l’absinthe. Mais boire ne lui donna que mal au crâne. Alors, « il ne lui resta plus qu’à préparer son suicide. »

 

Jean Dézert décida de se suicider un dimanche « afin de ne pas manquer son bureau. » Le matin, il mit toutes ses affaires en ordre puis prit soin de mettre en évidence « sur le marbre de la cheminée une lettre à l’adresse du commissaire de police du quartier, par laquelle il le priait de n’accuser personne de sa mort. »

Il déjeunazé »qdszeeffr  donc de peu de choses et se demanda comment mettre fin à ses jours. Se jeter par la fenêtre, c’était risquer de blesser quelqu’un. Se pendre était impossible dans son logement bas de plafond. S’empoisonner était irréalisable : il ne possédait pas de poison.

Finalement, il songea à la Seine, mais choisit d’attendre la nuit et s’habilla pour la circonstance. «A minuit, il se décida pour le Pont-Neuf – le trouva, sur place, trop passant, et gagna le pont de l’Archevêché. » Après avoir vu « deux chalands […] amarrés, » il songea qu’il leur ressemblait. Alors, « un suicide, lui sembl[a] inutile, se sachant de nature interchangeable dans la foule et vraiment incapable de mourir tout à fait. »

 

Le dimanche suivant, Léon Duborjal parlait avec Jean Dézert.

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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