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Bienvenue sur ce blog !
 
Vous allez pouvoir plonger dans le monde des Lettres. Comme il n'est pas de littérature, quels que soient le pays et l'époque, hors du temps, vous pourrez aussi trouver des points de repères dans différents domaines : histoire, peinture, sculpture, musique, architecture, et tant d'autres encore…
 
Une place accordée aux nouveautés de tous pays ne fera pas oublier les textes plus anciens, voire très anciens. Vous pourrez découvrir ou redécouvrir non seulement les textes de l'Antiquité mais aussi ceux du Moyen Age. Les époques suivantes ne sont pas laissées de côté. Au milieu des textes devenus des classiques –comme le veut la formule- vous ferez peut-être d'heureuses découvertes… Vous voyagerez, je l'espère, ici et là dans des univers auxquels vous n'aviez pas encore songé…
 
Vous trouverez aussi des informations sur la langue française. Il ne s'agit pas d'un travail universitaire, mais simplement d'éléments qui permettent de rendre compte des différents états d'une langue.
 
Si vous avez envie de poursuivre, alors venez papillonner et j'espère que vous trouverez votre bonheur et que l'envie de lire sera au rendez-vous !
 
Je vous invite à partager tout cela !

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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 16:02

Au milieu du XII e siècle, les Chansons de geste, encore célébrées jusqu'au milieu du XIII e siècle, touchent un autre public, les pèlerins qui sont sur les routes, entre autres.

La société médiévale, moins guerrière et moins brutale, se tourne vers des œuvres moins rudes. La noblesse, devenue une classe héréditaire est de plus en plus fermée. Sous l'influence de l'Eglise, des sentiments de générosité et de politesse adoucissent progressivement les mœurs. Apparaît alors une autre littérature dite courtoise (i.e. destinée à un public de cour). Les sentiments amoureux occupent dorénavant, une place plus importante et donnent lieu à des analyses teintées d'une certaine naïveté. La vie élégante et luxueuse offre une image de ce monde féodal. Les vêtements à la mode sont décrits avec minutie.
 
Trois courants ont influencé l'esprit courtois : les romans antiques, les légendes celtiques et la poésie lyrique provençale née vers le milieu du XI e siècle.
L'Enéas est issu des romans antiques. Au XII e siècle, la littérature latine connaît un renouveau. Les clercs non seulement recopient mais aussi commentent les œuvres des historiens et des poètes comme Virgile, Stace et Ovide.
 
De 1130 à 1165, les romans antiques ont la faveur de l'aristocratie. Quatre sont parvenus jusqu'à nous. Le Roman d'Alexandre –16 000 vers- qui est un remaniement d'un Alexandre, a été composé vers 1150. Il est écrit en vers de douze syllabes, d'où le nom d'alexandrins. Le Roman de Thèbes, rédigé à la même époque, est inspiré de la Thébaïde de Stace. Le plus long – 30 000 vers- Le Roman de Troie de Benoît de Saint-Maure date de 1165. Il était destiné à Aliénor d'Aquitaine, dont l'écrivain était le protégé.
 
L'Enéas, comme les autres romans, n'est pas une traduction, ni une véritable adaptation d'un texte antique, ici l'Enéide de Virgile. Il s'agit plutôt d'une moralisation du poème épique de Virgile et d'une transition entre l'épopée et le roman courtois. C'est pourquoi, les anachronismes sont nombreux. Les héros antiques deviennent des chevaliers héroïques et galants, les devins des évêques…
Composé vers 1160 par un auteur resté anonyme, originaire de Normandie, Enéas est composé de 10 156 vers en octosyllabe à rimes plates. Il était destiné à la cour du roi Henri II Plantagenêt, époux en secondes noces de la reine Aliénor d'Aquitaine, répudiée par le roi de France, Louis VII.
 
Enée, héros fondateur de la cité, représente un idéal de prince. Le motif féminin et le thème de l'amour occupent en grande partie le roman. Ils viennent se heurter au thème politique grâce à trois femmes. Didon, le reine de Carthage, tombe amoureuse au point d'oublier ses fonctions royales. Camille, l'androgyne, est la reine des Volsques qui meurt en reine guerrière. Seule Lavinia, en épousant le héros, parvient à transmettre la souveraineté, en lui donnant non seulement une lignée mais aussi en mettant fin à son errance qui avait commencé lors de la chute de Troie.
 
L'histoire :
Vers 1 au vers 2144 :
Le roi grec, Ménélas, après le long siège de Troie, avait détruit complètement la ville et massacré ses habitants afin de se venger de l'enlèvement de sa femme, Hélène. Enéas, dont le domaine était situé hors de la ville, assista avec effroi à la destruction de la cité. Vénus, sa mère, lui demanda de partir pour se rendre dans la patrie d'où Dardanus, fondateur de Troie était originaire à savoir la Lombardie. Comprenant qu'il ne pourrait plus rien pour la cité, Enéas prépara son départ et s'enfuit avec son fils et tout son peuple qui l'avait approuvé. Ils emportèrent les richesses de Troie.
Dans leur fuite, ils découvrirent " vint de lor barges, / que li Greu avoient guerpies, / bien atornees et garnies". (i.e. "vingt des barges que les Grecs avaient abandonnées, bien préparées et tout équipées."). Ils embarquèrent. Mais Junon, qui détestait les Troyens à cause du jugement de Pâris (qui avait préféré Vénus à elle et Pallas), malmena très longtemps et très durement la flotte, tant et si bien qu'Enéas se lamentait et désespérait de jamais trouver la terre lombarde. Alors que la dernière tempête lui avait fait perdre plusieurs vaisseaux, Enéas aperçut une terre : la Libye où ils accostèrent. Ils se restaurèrent puis Enéas parla aux siens afin de les réconforter, les encourageant à croire en la parole des dieux.
Afin de pouvoir reprendre la mer, il envoya des messagers à l'intérieur des terres pour trouver des provisions .Lorsque ceux-ci eurent traversé la forêt, ils arrivèrent dans une ville fortifiée : Carthage. Une femme, Didon, dirigeait cette cité. C'est elle qui l'avait fondée à la mort de son mari, Sychée, assassiné par le frère de Didon à Tyr. L'enceinte de la cité qui était inachevée, semblait imprenable. La ville avait de larges rues, de riches palais, un temple en l'honneur de Junon, protectrice de Carthage et des étals montrant de belles marchandises.
Les messagers se rendirent auprès de Didon. Rappelant les faits de la guerre de Troie ainsi que les tourments du peuple troyen, le chevalier, Ilionée, transmit le message d'Enéas à savoir qu'il sollicitait l'hospitalité le temps de réparer les bateaux pour repartir. Didon, durement éprouvée par le sort dans le passé, rassura ces hommes et leur promit toute l'aide dont ils pourraient avoir besoin. Il leur serait même possible de s'établir s'ils le souhaitaient. Chargés de ces nouvelles rassurantes, les messagers retournèrent auprès d'Enéas afin de lui rendre compte de cet entretien et de l'invitation de la reine Didon.
Pendant l'absence des chevaliers, les bateaux qui s'étaient perdus lors de la tempête, rejoignirent la flotte dans le port de Libye, donnant l'impression au peuple troyen que le sort peut devenir favorable.
Suivant le conseil de ses barons, Enéas, accompagné de nombreux chevaliers, se rendit à Carthage où chaque habitant reconnut en lui un roi. Arrivé à la demeure de Didon, il fut accueilli par la reine et s'entretint avec elle. Enéas envoya son chambellan chercher son fils Ascagne ainsi que trois riches présents destinés à la reine.
Lorsque Vénus apprit et vit que son fils était à Carthage, elle fut effrayée par la réputation cruelle des Libyens. Cherchant à protéger son fils, elle décida de le lier par amour à Didon, reine de Carthage. A cet effet, elle donna à Ascagne un baiser qui rendrait amoureux celui qui embrasserait l'enfant après elle, et intima l'ordre que le jeune garçon ne soit embrassé de personne, à l'exception de la reine Didon et d'Enéas.
Ascagne et son escorte rejoignirent Enéas. L'enfant fit don des trois présents que Didon apprécia beaucoup. Elle demanda ensuite à Ascagne de venir près d'elle et l'embrassa plusieurs fois faisant naître ainsi l'amour entre son hôte et elle et semant le trouble dans son esprit. A l'heure du souper, un riche repas fut servi à tous. Lorsqu'il fut achevé, Didon demanda à son invité de lui faire le récit de la fin de Troie.
Au milieu d'une assistance attentive, celui-ci, véritablement ému, se mit à rapporter les faits d'un douloureux passé :
"La riche cité troyenne résista pendant dix ans au siège jusqu'au moment où, sur le point de retourner en Grèce, Ulysse proposa une ruse au roi Ménélas. Un très grand cheval pouvant contenir de nombreux soldats fut construit et laissé là par les Grecs qui firent mine de partir définitivement alors qu'ils se trouvaient sur une île proche de Troie. Voyant les alentours sans aucune soldat, les Troyens se réjouirent et se rendirent sur les anciens camps grecs. Lorsqu'ils aperçurent le cheval, chacun s'interrogea sur son utilité. Une réponse fut vite apportée. Des bergers amenèrent un homme qu'ils avaient découvert nu et attaché. Celui-ci, interrogé par le roi Priam, rapporta ce qui n'était que mensonge. Ulysse qui le détestait, avait fait de lui son prisonnier et le proposait en sacrifice pour qu'Eole offrît des vents favorables pour un retour en Grèce. Alors qu'il était sur le point de mourir, le bruit d'une querelle avait attiré les hommes sur un autre lieu. Etant seul, il put s'enfuir. Son récit amena la pitié de tous. On lui rendit la liberté et on l'interrogea sur le cheval. L'homme prétendit que l'un des Grecs avait offensé la déesse Pallas qui ne les aidait plus. Afin de retrouver la paix avec la déesse, un grand cheval pouvant contenir la statue de Pallas fut fait. Sa grande taille qui l'empêcherait de rentrer dans la ville de Troie, reflétait son grand pouvoir. En entendant cela, les Troyens décidèrent de faire entrer le cheval (qui contenait à leur insu des soldats) dans leur ville. Tous contribuèrent à son arrivée dans la cité en abattant des murs et en le poussant. La nuit venue, les Grecs furent de retour sur terre et semèrent la mort dans une ville devenue si facile à prendre. Enéas, voyant la ville détruite et ayant perdu sa femme, se battit d'abord puis après avoir reçu l'ordre de sa mère de partir, rassembla de siens. Depuis qu'ils ont quitté Troie, les épreuves n'ont cessé et Enéas a perdu son père en Sicile voici un an déjà."
Durant le récit du Troyen, Didon était troublée par les sentiments qu'elle ressentait à son égard. Au moment du coucher, elle accompagna son hôte qu'elle ne put quitter qu'avec difficulté. Seule, dans sa chambre, "dame Dido pas ne oblie /celui por cui li deus d'amor / l'avoit ja mise an grant freor" (i.e. "Didon n'oublie pas celui pour lequel le dieu d'amour l'avait déjà ébranlée."). Elle ne put dormir. A l'aube, elle se rendit auprès de sa sœur Anna et lui avoua son amour pour le Troyen, sentiment qu'elle ne connaissait plus depuis la mort de son époux Sychée. Mais la reine ne savait pas comment agir car elle avait promis fidélité éternelle à son époux. Anna conseilla à sa sœur de céder à cet amour afin de sceller une alliance qui lui permettrait de consolider son autorité. Elle lui fit valoir que comme elle n'avait jamais voulu prendre pour époux quelqu'un de la contrée, elle était attaquée de toutes parts. Afin de dissimuler son amour, Didon justifierait le séjour du Troyen par la réparation des navires.
Sur ses conseils, Didon passa son temps avec le Troyen à qui elle fit visiter son domaine. Amoureuse, elle géra si mal le pays que des ennemis lui firent la guerre. Les fortifications étaient laissées à l'abandon : le peuple s'inquiéta. Afin de mettre fin à ce mal d'amour et de l'oublier en occupant son esprit, Didon organisa une partie de chasse en forêt.
La reine richement parée, rejoignit sa suite déjà prête ainsi qu'Enéas troublé. Guidée par Enéas, Didon se plut en sa compagnie. Alors que la matinée avait été fructueuse pour la chasse, le mauvais temps mit fin à cette partie. La violence de l'orage sépara les participants sauf Enéas et Didon qui se réfugièrent dans une grotte. La passion se révéla enfin. Lors du retour dans la ville, la reine ne cacha rien de cette aventure. Le bruit de cet amour parcourut le pays et réveilla des ressentiments auprès des hommes de la contrée à qui la reine avait refusé une alliance.
Didon pressait le Troyen de rester, lorsque celui-ci, oublieux de sa mission, reçut la visite d'un messager des dieux. Il devait penser à partir pour la Lombardie et laisser cette terre qui n'était pas la sienne. Déchiré entre l'obligation de quitter la reine et le commandement des dieux, Enéas décida de préparer son départ en cachette. Il fit part aux siens de la poursuite de leur voyage, ce qui les réjouit. Enéas leur demanda d'être prêts au premier vent favorable. La rumeur informa Didon de cette soudaine séparation ; elle alla s'en informer auprès d'Enéas qui finit alors par lui avouer la décision des dieux. Le départ était inévitable. Didon, désemparée, lui rappela tout ce qu'elle avait fait pour lui et lui reprocha sa trahison. Elle lui proposa d'attendre la fin de l'hiver. Elle lui fit part de ses doutes quant à l'avenir incertain de son pays face à ses ennemis. Enéas lui répondit que les dieux avaient décidé de son destin dans une autre contrée : la Lombardie. Son souhait aurait bien été autre sans la volonté des dieux. Il partit à grand regret.
Didon, constatant qu'Enéas ne fléchirait pas, laissa échapper sa colère et son désespoir : il était incapable d'aimer et n'avait pas l'aide des dieux qu'il honorait. Enéas essaya de la consoler mais rien n'y fit. Il était alors temps pour lui de partir. Tandis que les bateaux étaient sur le point de quitter le port, Didon les observa douloureusement.
Une dernière tentative poussa Didon à envoyer sa sœur, Anna, qu'elle avait convoquée, auprès du Troyen afin de solliciter une prolongation de son séjour mais ce fut en vain. Elle put voir le départ de la flotte.
Prétextant les conseils d'une sorcière, Didon demanda à Anna de l'aider à construire un bûcher afin de détruire tous les objets du Troyen. Ce sacrifice devait faire revenir Enéas. Quand tout fut prêt, Anna partit chercher la sorcière. Didon seule, regretta amèrement cette histoire et la situation dans laquelle elle se trouvait face aux autres hommes dont elle n'avait pas voulus. Plutôt que de se soumettre à leurs volontés, elle préférait mourir. Ne voyant plus les navires, elle se dirigea dans la pièce qu'elle avait faite évacuer et où se trouvait le bûcher. Là, elle se frappa avec l'épée d'Enéas et se jeta dans le bûcher en flammes. Longtemps elle parla de ces présents tant adorés, de son amour si peu partagé et de cette aventure qu'elle déplorait. Ses dernières paroles furent pour le Troyen à qui elle pardonnait sa mort. Devenue faible à cause du sang qu'elle perdait, elle n'était plus capable de parler et ne pouvait que pleurer. Sa sœur la découvrit alors. Désespérée d'avoir elle-même préparé cette mort, Anna voulut mourir à son tour mais fut retenue par son entourage. Elle se perdit en lamentations. On recueillit ensuite les cendres de la reine que l'on porta dans un temple où une cérémonie fut faite. Un riche tombeau lui fut construit avec une épitaphe.
 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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